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Comment DSK a transformé le FMI

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Publié le 08 mars 2011 à 20:25 - Mis à jour le 08 mars 2011 à 20:25

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La nuit vient de tomber sur les milliers de manifestants dans les rues d'Athènes. En ce mercredi 23 février, les défilés ont été émaillés de violents affrontements avec la police. Devant le Parlement, une centaine de manifestants brûlent un cercueil noir, symbole des droits sociaux perdus. Ils protestent contre la politique d'austérité du gouvernement (retraites rognées et baisses de salaires dans la fonction publique, hausse des prix des transports, ouverture à la concurrence de services jusque-là protégés...) instaurée sous l'oeil vigilant du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne venus en 2010 au secours du pays. Comme en Irlande où le parti au pouvoir est tombé fin février.Longtemps, « le FMI a été considéré comme le diable », a admis Dominique Strauss-Kahn, son directeur général, lors du G20 finance qui a réuni à Paris tout un aréopage de ministres des Finances et de gouverneurs de banques centrales. Qui a oublié les terribles Programmes d'ajustement structurel (PAS) que le Fonds imposait dans les années 1980 à l'Afrique, l'Amérique latine ou l'Asie, avec leurs cortèges de dégâts sociaux ? Pas les Africains qui subissent aujourd'hui les conséquences de ces PAS : privatisations hâtives, réformes agraires axées sur l'exportation qui les ont livrés aux caprices des marchés et ont ruiné leurs cultures vivrières. Ils se rappellent aussi les coupes dans les dépenses sociales imposées, alors, par le FMI soucieux d'assurer le remboursement de ses prêts. En 1998-1999, c'est l'Asie en pleine crise financière qui est passée sous les fourches caudines du FMI avec un « coût social exorbitant », reconnaît Dominique Strauss-Kahn (DSK).Il aura fallu soixante-sept ans pour que le FMI amorce une mue. Ou un retour aux sources. Lors de sa création à Bretton Woods, le monde voulait tourner la page de la guerre et des égoïsmes nationaux en promouvant la coopération internationale. Aujourd'hui, après une longue séquence de credo libéral, qui tient en dix préceptes baptisés « consensus de Washington » (libéralisation du commerce, dérégulation, privatisation, réduction des subventions sociales...), l'inflexion théorique est sensible. Le FMI ne peut plus guère être taxé désormais d'« affameur », comme certains le laissent entendre à quelques mois de la présidentielle française.Cette transformation, DSK, à la tête du FMI depuis fin 2007, en réclame volontiers la paternité. Lors du G20 finance, il a commencé à tester ses arguments. « Nos programmes sont différents », a-t-il plaidé. Ou encore : « Je crois à la régulation sociale et quand je suis arrivé au Fonds j'ai tiré les leçons du passé. » En 2008, c'est le FMI qui a proposé aux grands dirigeants de la planète une relance de l'économie mondiale dans le plus pur style keynésien. Les programmes mis en place pour secourir les pays atteints par la crise de la dette tiennent compte de l'impact social et tentent de le limiter. En Grèce, où la fraude fiscale est un sport national, le FMI a soutenu l'amélioration de la collecte des impôts « notamment sur les plus riches », raconte le directeur général. Et si « les treizième et quatorzième mois de salaires et de pensions des fonctionnaires (ont été) supprimés, un système de bonus (a été) introduit pour protéger les petites retraites et les revenus minimums », écrit Stéphanie Antoine dans son livre « DSK au FMI » (Seuil). En Roumanie, où l'État voulait relever la TVA, un impôt fort peu social, « on a failli se fâcher avec le président », indique DSK. Le FMI a milité pour une hausse de l'impôt sur le revenu qui, lui, est progressif. Au Pakistan, au lieu d'imposer une baisse sans discernement du déficit budgétaire, « le FMI a autorisé le gouvernement à faire plus de déficit pour aider les populations les plus vulnérables », ajoute DSK. En Islande, le Fonds a rompu avec le dogme de la libéralisation des flux de capitaux en prônant le contrôle sur les capitaux sortants pour éviter une hémorragie financière. Une vraie révolution idéologique.En 2010, une note de travail signée Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, brise un autre tabou en proposant de relever le plafond de l'inflation jusqu'à 4 % au lieu de 2 %, comme c'est le cas dans la zone euro. Pour lui, une telle limite confine la politique monétaire des États dans une marge trop étroite, obligeant les gouvernements à actionner le levier budgétaire et à malmener les finances publiques.La mue touche aussi la gouvernance du Fonds. Elle s'imposait. Les économies émergentes représentent désormais plus de la moitié de la production industrielle mondiale. Dès 2006, est lancée la réforme des droits de vote et quotes-parts, les contributions au capital du FMI versées par les pays actionnaires selon leur poids dans l'économie. Les quotes-parts de la Chine, de la Corée, du Mexique, de la Turquie sont alors relevées. Puis, en octobre 2010, à la suite du doublement des ressources du Fonds, est décidé le transfert de plus de 6 % des droits de vote des pays riches, surreprésentés, aux pays émergents et en développement dynamiques, sous-représentés.Malgré ce relookage, les altermondialistes restent sceptiques. Pour eux, cette réforme ne bouleverse pas le rapport de force Nord-Sud, les pays avancés gardant la majorité des droits de vote. « Sur le plan doctrinal, le FMI n'a pas fondamentalement changé », estime Dominique Plihon, économiste et membre de l'association Attac. En Hongrie ou en Grèce, les plans d'austérité « sont particulièrement durs à supporter par les couches les plus défavorisées », dit-il. « En Grèce, le FMI aurait pu proposer de reporter les achats d'armement ou de placer au coeur des réformes le secteur informel qui représente environ un tiers de l'économie du pays et profite surtout aux classes favorisées », s'indigne cet universitaire. Et de s'interroger : « Pourquoi ne pas retirer aux marchés les instruments de la spéculation grâce auxquels ils mettent les pays endettés sous pression ? Pourquoi ne pas durcir la lutte contre les paradis fiscaux qui permettent aux entreprises et aux banques d'échapper aux régulateurs et servent de base arrière à la spéculation ? » « Faux procès », réagit-on au FMI dont « les programmes visent déjà à lutter contre l'évasion fiscale et à remettre en cause les budgets d'armement ». Mais le Fonds a-t-il pour autant achevé sa réflexion ? Et sa mue ?

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