« La BCE ne peut pas résoudre le problème de fond qui est celui de la qualité du bilan des banques »

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Nicolas Doisy, économiste et stratégiste senior chez CA CheuvreuxPeu importe les accords sur le Fonds de stabilisation de la zone euro et les engagements pris pour durcir la discipline budgétaire, les marchés de la zone euro sont toujours en proie au doute. Signe de cette défiance généralisée, l'euro est resté sous 1,20 dollar hier. Face au franc suisse, traditionnellement considéré comme une monnaie refuge, il a même battu un record de faiblesse à 1,3746. Autre valeur refuge, le Bund allemand a lui aussi atteint des sommets. Les taux allemands à 10 ans (qui évoluent en sens inverse des prix) ont touché un nouveau plancher historique à 2,50 %. Dans ce contexte, les banques européennes préfèrent déposer leurs liquidités à la BCE plutôt que se prêter entre elles. Depuis le 27 mai, 300 milliards ou plus sont placés chaque jour auprès de l'institution de Francfort. Lundi soir, ces dépôts ont atteint le niveau record de 362 milliards d'euros. Décryptage de la situation avec Nicolas Doisy, économiste et stratégiste senior chez CA Cheuvreux.Les banques déposent des montants chaque jour plus importants auprès de la BCE. En quoi est-ce inquiétant ?En ce moment, les banques qui ont des excédents de liquidité refusent de prêter à celles qui auraient besoin de cash car elles ont des doutes sur la qualité du bilan de leurs contreparties. Cette situation est potentiellement dangereuse, car le marché interbancaire est le marché de gros de la monnaie et, in fine, du crédit. Lorsqu'il est bloqué, c'est l'ensemble des circuits de financement de l'économie qui peuvent être endommagés. Ce n'est cependant pas le cas à l'heure actuelle, car la Banque centrale européenne a pris les bonnes dispositions : en se plaçant au coeur du système et en faisant en sorte que les banques aient toujours la possibilité de trouver une contrepartie, elle empêche la situation de dégénérer. La situation est-elle très différente de celle qui prévalait après la chute de Lehman Brothers ? Oui, car même si la méfiance à l'égard des institutions financières européennes est extrême, la BCE sait comment faire pour éviter que des banques ne se retrouvent à court de liquidités et elle dispose des instruments adéquats. Fin 2008, les marchés se posaient beaucoup de questions sur l'économie américaine et, en particulier, sur son système financier. En 2010, les premiers signes de reprise sont là. Maintenant, outre les programmes d'ajustement budgétaire et de réformes structurelles, l'essentiel des questions portent sur la santé des banques européennes et sur la capacité des gouvernements de la zone euro à les inciter à se restructurer.Les banques européennes sont très attaquées en Bourse. Sont-elles aussi fragiles que les marchés le redoutent ?Il est vrai que sans l'action de la banque centrale, certaines banques auraient probablement été en grande difficulté, voire en dépôt de bilan pour certaines d'entre elles au cours des dernières semaines. Le problème est qu'après avoir eu le sentiment d'éviter le pire, fin 2008 et courant 2009, tout le monde ou presque s'est endormi en zone euro, semblant penser que les choses se normaliseraient spontanément. Seuls les Irlandais se sont rapidement attelé à restructurer leur secteur bancaire. En Espagne, il y a eu beaucoup de tergiversations : on voit le résultat aujourd'hui. Selon la BCE, les banques européennes sont susceptibles de devoir encore provisionner 195 milliards d'euros d'ici fin 2011 et personne ne sait exactement où sont localisés les problèmes. Que peut faire la BCE pour débloquer la situation ? Baisser les taux davantage n'aurait aucun sens, car il s'agit avant tout d'une crise de confiance. Un tel geste pourrait même se révéler contre-productif car il sonnerait comme une mesure improvisée. La BCE ne peut pas résoudre le problème de fond qui est celui de la qualité du bilan des banques. En revanche, il est à peu près certain qu'elle va continuer à se concentrer sur les mesures dites non-conventionnelles. En mars, elle s'est déjà résolue à prolonger les dispositifs qui offrent de la liquidité à une semaine et à un mois, contrairement à son annonce initiale. En mai, outre l'annonce des achats de dette publique, elle a réactivé ses opérations de prêt à 3 et 6 mois. Les banques ont aussi du mal à se financer à moyen et long terme sur les marchés. Y a-t-il un risque de credit crunch en zone euro ?Un credit crunch, c'est à dire une situation dans laquelle le crédit à l'économie et, en particulier, au secteur privé se contracte sous l'effet d'un rationnement par les prêteurs, est en effet à craindre au vu des développements récents. Les banques pourraient devenir encore plus réticentes à prêter qu'elles ne l'ont été ces derniers mois. n Les banques pourraient devenir encore plus réticentes à prêter qu'elles ne l'ont été ces derniers mois. »

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