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Croissance?: le retour du modèle allemand

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Publié le 18 septembre 2010 à 07:59 - Mis à jour le 18 septembre 2010 à 07:59

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Au travers de la crise grecque, on a reproché à l'Allemagne de vouloir imposer son modèle de rigueur et de compétitivité aux autres pays membres de la zone euro. Plusieurs critiques sur le caractère non coopératif et sur la non-généralisation possible du modèle germanique ont été adressées à Berlin. D'autant que ce modèle apparaissait faible en matière de croissance. Le fait est que l'Allemagne affichait un différentiel négatif de croissance de près de 1 point par an en moyenne entre 1995 et 2005. Cette critique-là perdrait de sa pertinence?: les performances de cet été font penser que l'Allemagne va bénéficier durablement d'un surplus de croissance par rapport à ses partenaires, à commencer par la France.Les arguments ne manquent pas pour souligner que la différence de croissance entre ces deux pays, observée au début de l'année, est sûrement temporaire. L'Allemagne avant-crise avait une vitesse de croisière moins élevée que la France, en grande partie en raison de la consommation très modérée des ménages allemands par rapport aux français. Les exportations ont certes été toujours très vigoureuses outre-Rhin mais pas assez pour compenser la faiblesse de la consommation. Ces exportations ont en outre pénalisé l'Allemagne dans la crise puisque, avec la chute des échanges commerciaux, le PIB allemand a perdu plus de 5 % alors que le PIB français baissait de moins de la moitié. Le rebond de la production allemande, largement tiré par les exportations, ne serait ainsi qu'une correction quasi technique du cycle des échanges. Ce redémarrage refléterait aussi l'extrême sensibilité de l'Allemagne à la croissance mondiale. Dans ce cadre, la bonne performance allemande ne serait même pas enviable puisque condamnée à subir les aléas du reste du monde et donc génératrice d'incertitude et de fragilité.Cependant, plusieurs facteurs suggèrent que la surperformance de l'Allemagne pourrait durer plusieurs trimestres. Les fondamentaux de sa croissance ont pris quelques longueurs d'avance sur la France. Ainsi les investissements outre-Rhin sont fortement repartis depuis la crise, si bien que ses capacités de production ne seraient plus que 4 % en dessous de leur niveau avant-crise. L'Allemagne est même le seul pays de la zone euro qui a retrouvé son niveau de production industrielle d'avant-crise. À l'inverse, il n'y a pas eu en France une telle reprise des investissements, si bien que les capacités de production, et partant la production industrielle sont toujours près de 10 % en dessous de leur niveau avant-crise.Sur le front de l'emploi, l'Allemagne connaît également une performance exceptionnelle. Le taux de chômage est descendu à 7 %, plus bas même que le niveau avant-crise, alors qu'en France il vient à peine de repasser sous la barre des 10 %. Le taux d'emploi affiche aussi une santé insolente à plus de 70 % de la population active pour environ 64 % en France. Une telle embellie du marché du travail (le taux de chômage est inférieur à ce qu'il était avant la crise en Allemagne), et une situation de finances publiques qui s'améliore très rapidement (le déficit pourrait bien être de 3 % du PIB l'an prochain contre 6 % en France), pourraient en outre favoriser l'essor de la consommation en Allemagne. Rassurés sur leur capacité à faire face aux coûts du vieillissement démographique et à assurer leur croissance, les ménages allemands pourraient (enfin) moins épargner. La consommation viendrait en retour soutenir la croissance... un cercle vertueux sans faute.Il faut dire que l'Allemagne a à la fois engrangé les bénéfices des réformes précédentes, su saisir l'opportunité apportée par l'entrée des pays de l'Est dans l'Union européenne, et a particulièrement bien géré l'impact de la crise sur le marché du travail. La flexibilité accrue et son modèle de négociations syndicales, très décentralisées, lui ont permis d'accroître l'emploi, en grande partie au prix d'une sérieuse modération salariale, qui avait pénalisé la consommation dans la période précrise, mais lui permettant de gagner en compétitivité. Les entreprises allemandes ont aussi profité de l'entrée des pays de l'Est dans la zone euro pour réorganiser leur structure de production et gagner (encore) en compétitivité. Enfin, l'Allemagne a eu recours plus que n'importe quel autre pays de la zone euro au chômage temporaire de façon massive (plus de 1 million d'emplois ont été maintenus), le coût budgétaire ne l'effrayant pas puisque le pays était quasiment à l'équilibre à l'entrée dans la crise. Le rebond du reste du monde a donc trouvé l'Allemagne dans les meilleurs « starting-blocks » possibles pour la croissance?; grâce aux réformes précédentes, elle pourrait bien maintenant transformer l'essai.

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