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Pourquoi le rapport de la Troïka sur Chypre est peu crédible.

La Tribune

Publié le 11 avril 2013 à 21:03 - Mis à jour le 11 avril 2013 à 21:03

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La troïka sera-t-elle jamais capable d’apprendre de ses erreurs passées ? On peut en douter. Dimanche dernier déjà, Bruxelles appelait le Portugal à ignorer la décision du tribunal constitutionnel et à ne pas relâcher l’effort de rigueur, malgré la crise sociale et économique que traverse le pays. Ce jeudi, c’est l’analyse de pérennité de la dette chypriote (Debt Sustainability Analysis, DSA) qui laisse songeur et rappelle étrangement les rapports successifs publiés sur la Grèce entre 2010 et 2012.Un objectif fixé et atteint sur le papierL’ambition de cette « analyse » est de prouver que les effets du plan de sauvetage chypriote sur l’économie rend soutenable à terme le remboursement des dettes du pays et la réalisation des objectifs fixés par ce programme. Bref, il s’agit de prouver que le programme n’est pas absurde. Or, il est bien difficile de croire à cette analyse. Comme par enchantement, la dette publique de Chypre atteindra à la date fixée par l’Eurogroupe de 2020 le seuil « magique » de 120 % du PIB. C’est ce même seuil qui avait été fixé pour la Grèce dès 2010, là aussi pour 2020 avant d’être repoussé à 2022 avec à la clé deux plans de restructurations de l’endettement privé hellénique. La coïncidence est troublante, mais ce n’est peut-être qu’un hasard.En entrant dans le détail, on constate que l’effet du plan sur la croissance chypriote sera redoutable : le PIB se contractera de 12,5 % en deux ans. Mais cet effet devrait, selon la troïka, rester limité. Et la croissance devrait revenir dès 2015 avec des taux assez soutenus : +1,1 % en 2015 et +1,9 % en 2016. Ce scénario est sans doute le moins crédible de l’ensemble de l’analyse pour deux raisons.Un effet sous-estimé ?La première, c’est l’effet du plan sur l’économie chypriote. Selon Pawel Morski, un gérant de fonds londonien qui tient un blogue reconnu sur la crise européenne, ces estimations sont « plus que risibles. » En effet, la consommation des ménages doit décroître de 12,2 % en 2013 et de 6 % en 2014 avant de rebondir en 2015 de 0,8 % puis de s’envoler à +2 % en 2016. Dans un contexte où les dépôts de plus de 100.000 euros vont être mis à contribution à plus de 60 % et en se souvenant que tous ne sont pas russes, mais qu’ils sont majoritairement des dépôts de résidents, ces prévisions semblent en effet très optimistes. D’autant que les mesures de rigueur sont sévères, notamment sur les salaires des fonctionnaires, le marché du travail ou les retraites.La misère de l’investissementMême remarque en ce qui concerne l’investissement qui va reculer de 29,5 % en 2013 et de 12 % en 2014 avant de rebondir à +2,3 % en 2014. Le système bancaire chypriote est désormais sous perfusion et risque d’avoir bien du mal à prêter aux entreprises. Les faillites vont s’enchaîner et le recul de l’investissement à ce niveau est une assurance de voir le potentiel de croissance du pays reculer, et non, comme le dit la Troïka le gage « d’une croissance durable. » Pawel Morski rappelle qu’en Islande, malgré la dévaluation, la chute de l’investissement a atteint la première année de la crise 50 % et qu’en Lettonie, avec un système financier stable et sain, 40 %. Chypre, qui ne dispose pas de ces deux atouts, ne verrait ses investissements reculer que de 30 % ? C’est peu probable, comme est peu probable le recul de 5 % des exportations cette année. Le contrôle des capitaux et le risque d’impayés vont certainement détourner plus largement les clients étrangers de leurs fournisseurs chypriotes. Bref, il y a fort à parier que le choc soit plus rude pour l’économie chypriote.Un rétablissement soudain de la confiance ?Mais l’analyse de la Troïka accuse une autre faiblesse : ce changement soudain à l’orée de 2015 où Chypre retrouverait la croissance. Comment l’expliquer ? Les raisons avancées par le DSA sont faibles, ou plutôt très idéologiques. « La consolidation budgétaire devrait restaurer la confiance des consommateurs et des investisseurs à moyen terme », explique le rapport. Une confiance qui restaurera la confiance et, comme par magie, le PIB passera d’une contraction de 3,9 % en 2014 à une croissance de 1,1 % en 2015. Une croissance qui s’accélérera à 1,9 % en 2016. C’est la réalisation dans les faits du fameux discours que la consolidation budgétaire « travaille à la croissance future. »Quels ressorts ?Sauf que les expériences grecque et portugaise ont prouvé qu’il n’en était rien. Pire même, cette consolidation budgétaire a ruiné la confiance non seulement dans les pays sous programme de la Troïka, mais aussi dans les autres pays de la zone euro. Si la logique du rapport était juste, alors il n’y aurait pas eu de crise européenne. Les agents économiques se seraient félicités de la consolidation grecque et aurait investi dans l’économie hellénique une fois l’essentiel de la consolidation réalisée. Ils n’auraient pas craint la contagion à d’autres pays surendettés. Mais il n’en a pas été ainsi. Et, compte tenu de l’état déplorable de l’économie chypriote et du précédent de la mainmise sur les dépôts, il faudra sans doute plus d’un an et demi pour rétablir la confiance dans l’économie de l’île. D’autant que l’effet négatif de la consolidation va se poursuivre afin d’atteindre l’objectif de dégager un excédent primaire (hors service de la dette) en 2016 et de 4 % du PIB en 2018. Par ailleurs, la Troïka se garde bien de dire quels secteurs permettront de créer un tel niveau de croissance. Elle semble penser que le secteur bancaire peut encore attirer des déposants internationaux, ce qui est fort optimiste. Mais sinon ? Le rapport ne s’étend pas sur le sujet. Mais il est vrai que si l’économie chypriote devait repartir, elle aurait besoin d’investir dans de nouveaux secteurs. On a vu ce qui va advenir du niveau d’investissement… Tout ceci est donc peu crédibleAutrement dit, ce rapport semble surtout une justification du « plan de sauvetage. » Celui-ci semble, comme ceux de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, vouée à l’échec et à de futurs amendements. L’ampleur du choc pour l’économie chypriote rend peu supportable le niveau de la dette publique et les objectifs fixés par la Troïka. Les malheurs de Chypre ne font que débuter.

La Tribune

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