Nord Stream prend l'avantage dans la guerre des gazoducs

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Gazprom n'a pas lésiné sur le symbolisme vendredi à Vybord, aux confins de la Russie et de la Finlande. Un tuyau géant, baptisé Europe, avait été soudé à un second tronçon, dénommé Russie, le tout sous le regard du président russe Dimitri Medvedev, qui a apposé sa signature sur ces premiers composants du gazoduc géant Nord Stream, décorés des drapeaux de l'Allemagne et des Pays-Bas. Le premier des deux tuyaux de Nord Stream qui, avec ses 1.224 km, sera le plus grand gazoduc jamais construit sous la mer, doit être opérationnel dès septembre 2011, le second fin 2012. Seule la présence d'Anne- Marie Idrac, secrétaire d'état au commerce extérieur, venait rappeler, lors de cette cérémonie, que la France était associée à cet ouvrage qui va apporter du gaz russe en Allemagne en passant sous la mer Baltique. Aux termes d'un protocole signé en mars, GDF Suez doit finaliser début mai son entrée à hauteur de 9 % dans ce projet de 8,8 milliards d'euros (dont 1,4 milliard de coût de financement), aux côtés de Gazprom (51 %), BASF et EON (15,5 % chacun) et du néerlandais Gasunie (9 %).Le groupe français, dont le nom n'a pas été mentionné une seule fois pendant les discours officiels, a été admis au rattrapage. La candidature du seul Gaz de France avait été repoussée au profit du néerlandais Gasunie. « Désireux d'associer davantage de pays consommateurs, les promoteurs de Nord Stream sont revenus solliciter GDF Suez l'été dernier », précise Gérard Mestrallet, PDG du groupe. En évitant le transit en Ukraine, Nord Stream, dont la capacité de 55 milliards de mètres cubes représente 11 % des importations de gaz du Vieux Continent, doit participer à la «sécurisation énergétique de l'Europe » qui dépend du gaz russe pour un quart de sa consommation. C'est également l'objectif de deux autres projets géants de gazoducs, Nabucco et South Stream, dont la réalisation soulève de plus en plus d'interrogations.incertitudesPour s'émanciper de la tutelle russe, Bruxelles a lancé le projet Nabucco qui doit relier la zone de la mer Caspienne à l'Europe, en passant par la Turquie. Mais il ne réunit que de petits groupes gaziers (ceux de Bulgarie, d'Autriche, de Roumanie l'allemand RWE ...) dont les capacités d'achat semblent insuffisantes pour financer ce projet de 8 milliards de dollars. La Turquie vient de lever le veto qu'elle avait mis à la présence de la France. « Si on voit que le projet a des chances de se faire, on l'étudiera », commente-t-on chez GDF Suez. Car l'autre incertitude provient de la provenance du gaz. Nabucco table sur le gaz d'Iran, d'Azerbaïdjan, de Turkménistan, d'Egypte, voire d'Irak, provenances qui posent de multiples problèmes politiques et techniques. Son échéance vient d'ailleurs d'être reportée de 2014 à 2018.Pour contrer cette offensive vers ses fournisseurs d'Asie centrale, Gazprom a lancé le projet South Stream, au sud de l'Europe. Aujourd'hui, son unique partenaire, l'italien ENI, renâcle devant l'investissement estimé entre 19 et 25 milliards de dollars, lié notamment à la traversée de la très profonde mer Noire. Surtout dans le contexte de baisse inédite de la consommation de gaz en Europe (? 6 % en 2009), menacée en outre par un afflux de GNL (gaz naturel liquéfié). Dans l'espoir de diminuer la facture, Paolo Scaroni, le patron de l'ENI, vient de proposer de fusionner une partie des deux projets Nabucco et South Stream. Refus sec de Gazprom, qui ne cache plus son irritation devant l'inertie italienne, et vient d'annoncer la signature du dernier accord nécessaire, avec l'Autriche, d'ici fin avril. Mais l'Ukraine a fait savoir que ce projet menaçait la normalisation de ses relations avec son puissant voisin russe. A noter que les Français ne sont pas indifférents au projet : EDF envisage de prendre entre 10 % et 20 % de South Stream. n

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