Une crise de confiance guette l'euro

En martelant jeudi qu'un défaut de paiement de la Grèce était « hors de question », Jean-Claude Trichet a donné un répit à l'euro, en dépit de la nouvelle dégradation de deux crans de la note souveraine du pays infligée par l'agence Fitch à la veille du week-end. Après avoir rechuté en dessous de 1,33 dollar, la monnaie unique s'est ressaisie, refranchissant le seuil de 1,3450, mais les spéculateurs restent l'arme au pied. Ils estiment que le président de la Banque centrale européenne est impuissant face à la situation qui se développe dans l'Europe des Seize. Alors que l'euro a joué un rôle de bouclier anti-crise efficace pendant près de dix ans, l'absence de coordination des politiques économiques de la zone euro et d'auto-discipline de certains pays membres du club a creusé le fossé entre le Nord et le Sud de façon difficilement réparable. Et cela dépasse de loin la seule tragédie grecque. Pour l'Espagne, la Grèce, l'Italie et le Portugal, l'euro risque même de devenir une camisole de force économique et financière, qui les empêche de remettre les compteurs à zéro par rapport à leurs partenaires plus compétitifs de la zone euro. Car l'ère des dévaluations compétitives est bien révolue.L'imbroglio européen a déjà une conséquence : les « ours » ( les baissiers) sur l'euro ont fait un retour en force et les positions courtes (vendeuses) nettes des fonds d'arbitrage n'ont jamais été aussi élevées depuis qu'il a été porté sur les fonts baptismaux, selon les chiffres de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain des marchés dérivés. érosion dans les réservesBien que l'euro ait déjà cédé 11 % de sa valeur face au dollar au cours des quatre derniers mois, il s'agit là d'une nouvelle épée de Damoclès. Il risque d'y avoir une autre séquelle : le déclin de l'euro dans les réserves de change des banques centrales, un trésor de guerre de plus de 8.000 milliards de dollars. Il y a un peu plus d'un an, lorsque la Chine avait lancé sa grande offensive pour détrôner le dollar de son statut de monnaie de référence internationale, on aurait au contraire pu penser que la monnaie unique monterait en puissance. Il n'en a rien été. Les statistiques trimestrielles du FMI publiées le 31 mars faisaient même état d'une érosion de la part de l'euro dans les réserves au quatrième trimestre 2009, retombé de 27,8 % à 27,4 %, tandis que celle du dollar remontait de 61,5 % à 62,1 %. C'était avant le déclenchement de la crise grecque, mais s'il se confirme que le mouvement de retrait s'est poursuivi, voire amplifié, au premier trimestre de cette année (les chiffres seront connus le 30 juin), cela traduira l'amorce d'une crise de confiance. Isabelle Croizard

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