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La nouvelle carte salariale émergente

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Publié le 13 juin 2010 à 21:22 - Mis à jour le 13 juin 2010 à 21:22

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En Chine, les salariés de l'« atelier du monde » réclament leur part de richesse d'une économie dont la croissance ne faiblit pas (+ 11,9 % au premier trimestre en rythme annualisé). Ces dernières semaines, nombre d'entre eux se sont manifestés. Que ce soit tragiquement, par une vague de suicides chez Foxconn, un sous-traitant d'Apple et Dell, ou par la grève, chez Honda. Conséquence, les 800.000 employés de Foxconn vont voir leur salaire passer de 1.000 à 2.000 yuans (243 euros) par mois à partir d'octobre. Chez Honda, la majoration salariale est de 24 % à 32 %, pour un montant mensuel qui atteindra là aussi 2.000 yuans. Le mouvement s'étend à d'autres entreprises, même locales, avec des appréciations qui vont de 30 % à 100 %.conflits sociaux« Cette hausse salariale est alimentée par l'augmentation du coût de la vie, mais aussi sans doute par la multiplication des conflits sociaux, car les salaires réels sont très bas et les conditions de travail très dures. A titre de comparaison, un avocat chinois dans un cabinet occidental gagne 1.500 euros par mois en travaillant plus de 70 heures par semaine et un président d'université 1.200 euros », explique François Gaudu, professeur à Paris I.Le japonais Honda et le taiwanais Foxconn ne sont que quelques-unes de ces sociétés étrangères venues dans le pays pour bénéficier d'une main-d'oeuvre à bon marché. Mais les autorités locales veillent aussi à revaloriser les bas revenus. Selon Qing Wang, analyste chez Morgan Stanley à Hong Kong, « le salaire minimum a été augmenté de 17 % en moyenne dans 11 provinces du pays, de 5 % dans le Hunan à 27 % dans le Ningxia », une petite province enclavée dans le centre du pays.Une enquête réalisée ces derniers mois par HKTDC, l'agence de promotion économique de Hong Kong, indique que « plus de la moitié des entreprises présentes en Chine ont connu une pénurie de main-d'oeuvre durant le premier semestre de cette année ». Un phénomène conjugué de restockage et de reprise des commandes en provenance de l'étranger a entraîné une multiplication des offres d'emplois dans les villes côtières. Or les millions de travailleurs migrants que la crise en 2008 avait jetés sur le pavé ne sont pas tous revenus. Chez Foxconn, le taux de rotation sur deux sites employant 400.000 personnes s'élève à 5 % par mois, soit 20.000 personnes, ce qui pose des problèmes de gestion et de formation du personnel. Cette amélioration partielle de la situation des travailleurs chinois est également soutenue par les autorités de la République populaire. Outre la crainte de l'instabilité sociale, Pékin cherche depuis la crise mondiale à développer une croissance économique moins dépendante des exportations et davantage fondée sur la consommation intérieure. Pour autant, l'« atelier du monde » pourrait à son tour subir des délocalisations vers des pays à coûts de main-d'oeuvre encore plus faibles : Vietnam, Cambodge, Bangladesh, Inde, Indonésie... Certains économistes l'assurent, mais « il faut tenir compte de la disponibilité des matières premières, des infrastructures, de la fourniture d'électricité, explique un donneur d'ordres français qui travaille dans le textile en Chine. Les bas coûts de la main-d'oeuvre sont un critère important, mais pas le seul ». « Sans compter, souligne-t-il, que les immenses volumes de textile, chaussures et jouets traités en Chine ne peuvent être absorbés du jour au lendemain par ce pays. »Un arbitrage difficile pour les importateurs, car l'amélioration des revenus en Chine répond autant aux attentes des salariés qu'à la stratégie du gouvernement. En 2007, ce dernier a fait voter une nouvelle loi sur le travail pour mieux protéger les salariés. « A l'époque ce sont les chambres de commerce européenne et américaine qui y étaient les plus opposées », rappelle François Gaudu.

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