Le Japon est relégué à la troisième place de l'économie mondiale par la Chine
La Tribune
La Tribune
C'est un moment historique à peine commenté par le principal intéressé : la relégation du Japon du deuxième au troisième rang de économie mondiale, derrière la Chine, en 2010, n'a suscité qu'un haussement d'épaules à Tokyo. Le Produit Intérieur brut (PIB) nippon a en effet été surpassé en 2010 pour la première fois par celui de son voisin chinois (5.474 milliards contre 5879 milliards de dollars). « C'est naturel », s'est borné à constater Shintaro Ishihara, maire de Tokyo, jadis fringante figure de proue des nationalistes japonais. L'Archipel a depuis longtemps digéré son déclin. Mieux : il y voit une certaine sagesse, ayant réussi à atteindre un « plateau » où se conjuguent faible chômage, sécurité, confort, propreté de l'environnement, haute technologie et espérance de vie. On vit bien mieux à tous égards au Japon qu'en Chine. En terme de revenus par tête, les Japonais demeurent dix fois plus riches que les Chinois. « On aimerait tant que la croissance en France ressemble à la crise au Japon », est une antienne des visiteurs français de passage à Tokyo, stupéfaits par tant de richesses. « Quand je vois des visiteurs chinois ils me demandent d'arrêter de me plaindre, et me martèlent que les problèmes sont en Chine, pas au Japon » explique le professeur Ryohei Kokubun, de l'université Keio, un des meilleurs spécialiste des relations sino-japonaises. Éventail de marquesSur le plan purement industriel, le Japon s'est replié en amont des procédures de fabrication et a réussi à s'imposer comme un fournisseur de composants essentiels pour les machines du monde entier. « N'oublions pas que la Corée du sud a un déficit commercial avec le Japon », rappelle le consultant T.W. Kang. Sur le plan commercial, l'Archipel a développé un éventail de marques dans tous les secteurs dont ne dispose pas la Chine. Le drame est que le Japon n'a pas voulu se transformer en modèle pour son voisin. Il aurait pu attirer l'élite du continent chinois et lui promettre de se réaliser sur son territoire, dans un pays démocratique, opulent, où la richesse est répartie de manière remarquablement équitable. La Chine a tout ce que le Japon n'a pas : espace et main-d'oeuvre. Le Japon s'est enfermé dans le mutisme, incapable de régler des conflits territoriaux picrocholins avec Pékin, arc-bouté sur sa lointaine superbe. « Je ne me sens jamais chez moi ici. Je ne me sentirai jamais japonais » déplore Leslie Hu, un professeur chinois de l'université prestigieuse de Tokyo, au Japon depuis dix ans.
La Tribune