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Crise de l'euro : comprendre la position allemande

La Tribune

Publié le 15 juin 2010 à 11:26 - Mis à jour le 15 juin 2010 à 11:26

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La crise de l'euro fait resurgir de plein feu la rivalité historique entre la France et l'Allemagne. Plus inquiétante, par contre, sont les divergences qui s'installent quant à l'analyse de fond des problèmes. Ainsi, en France, des critiques très franches fleurissent concernant le modèle économique allemand, les choix politiques jugés égoïstes des responsables d'outre-Rhin ou leurs attitudes traitées de constitutionnalistes et légalistes.Ces prises de positions témoignent d'une profonde incompréhension de la position allemande. Prenons d'abord l'euro. La mise en place du Fonds de stabilisation de la zone euro de 440 milliards d'euros a été officiellement justifiée, notamment sous pression française, par une crise systémique et des attaques spéculatives massives. Certes, la monnaie commune a reculé sous l'effet du réajustement des risques sur les actifs en euros de la part des grands gérants d'épargne. Mais ce mouvement reste modéré par rapport au cours historique le plus bas, ainsi que son niveau théorique, basé sur les parités de pouvoirs d'achat dans l'OCDE (actuellement à 1,14 dollar).Ce n'était donc pas l'euro qui était en danger, mais les détenteurs de titres publics émis par les pays « attaqués », à commencer par les banques françaises, ainsi que la capacité de ces pays à pouvoir se financer aussi bon marché qu'ils pouvaient le faire durant les premières années de l'euro. C'est cette vision que soutient la chancelière allemande quand elle dit que le plan de stabilisation ne comporte aucun automatisme des aides, contrairement à la France, pour qui ce plan représente une garantie d'assistance mutuelle, lorsqu'un État est agressé. Mais la situation critique dans laquelle se trouvent certains pays, ne résulte-t-elle pas avant tout de leurs propres erreurs de politiques économiques ?Pour comprendre ceci, revenons plus de dix ans en arrière. La réalisation de l'union monétaire a conduit à une harmonisation spectaculaire des taux d'intérêt en Europe. Quasiment du jour au lendemain, les pays à taux élevé ont pu bénéficier de taux nettement plus bas déclenchant un boom d'investissement, notamment dans l'immobilier. Cette baisse des taux a conduit à un enrichissement global dans ces pays, mais également, faute de réformes structurelles, à une perte de compétitivité (forte hausse des prix et des salaires) et une dépendance croissante vis-à-vis de l'étranger (importations de biens et de capitaux). En Allemagne, la situation était inverse : baisse de la dynamique économique, recul de l'investissement intérieur et exportation massive de capitaux, conduisant d'abord à une désinflation et des gains de compétitivité, puis au boom des exportations que l'on connaît.Ces effets étaient largement prévus, mais leur intensité a été renforcée par le démantèlement du Pacte de stabilité. La crise de la dette européenne - et avec elle le réajustement des risques - aurait pu corriger certaines de ces évolutions. Le Fonds de stabilisation rend ceci peu probable et risque de perpétuer les évolutions du passé. C'est la raison pour laquelle l'Allemagne a longtemps « tergivers頻 et que le plan demeure très impopulaire outre-Rhin.Si plus de 40 % de la production allemande est exportée, c'est donc moins le résultat de la politique économique d'outre-Rhin que des conditions de l'union économique et monétaire qui renforce la spécialisation entre les pays. C'est le prix à payer pour la stabilité monétaire et des taux d'intérêt bas. Aujourd'hui, on demande à l'Allemagne d'augmenter ses dépenses et de laisser filer ses déficits. La voie américaine - avec l'argent bon marché et toujours plus de dette - n'est cependant pas la bonne. Compte tenu du vieillissement de sa population, l'endettement allemand est déjà insoutenable. Si la France souhaite des salaires plus élevés en Allemagne, le risque est que l'ensemble des partenaires européens récolte un alourdissement de ses coûts via l'importation. Finalement, le chômage augmenterait et toute l'Europe serait perdante, notamment face à la concurrence asiatique. Rien n'illustre mieux les visions contraires au sujet de la coordination des politiques économiques en Europe... nPoint de vue Markus Gabel Directeur de l'Idefa et chercheur associé au Cirac

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