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« Nous espérons avoir touché le fond »

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Publié le 15 septembre 2009 à 00:04 - Mis à jour le 15 septembre 2009 à 00:04

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L'intérim a toujours été un bon indicateur avancé de l'état de santé de l'économie. Partagez-vous aujourd'hui le relatif optimisme de certains ?Au premier semestre, l'intérim a chuté de 36 % par rapport à la même période de l'année dernière. Cet été, la baisse n'était plus que de 25 %, mais il faut relativiser ce chiffre encourageant, dans la mesure où la période de comparaison était déjà très basse. Toutefois, nous espérons avoir touché le fond ou ne pas en être loin, mais restons tout de même prudents. L'économie va sans doute connaître une période de plat, avec des frémissements et des à-coups liés à la gestion des stocks. Les entreprises hésitent encore, par manque de visibilité, à mettre la voilure en phase avec le niveau de l'activité. Par exemple, dans le secteur automobile, les contrats que nous signons, tant avec les constructeurs que leurs sous-traitants, ne portent plus que sur une période de trois mois. En temps normal, c'est dix à quinze mois.L'automobile fait-elle à nouveau appel à l'intérim ?Les ventes de l'automobile ont sensiblement augmenté grâce à la prime à la casse. Chez les grands constructeurs, on note une relance du marché de l'intérim, c'est un signe positif. Mais il ne faut pas s'emballer : on partait presque de zéro. L'an passé, chez certains constructeurs, nous avons connu des chutes de 80 %.Parmi les autres secteurs qui font beaucoup appel à l'intérim, lesquels résistent le mieux à la crise ?Dans le bâtiment, nous observons une stabilisation. On peut la mettre au compte des grands travaux financés par l'État. Ces chantiers publics vont avoir un effet positif évident sur l'emploi. En revanche, nous ne voyons pas, pour l'instant, de signe positif du côté de la promotion immobilière.Le plan d'urgence pour l'emploi des jeunes du gouvernement répond-il à vos attentes ?Le gouvernement a eu raison de prendre des mesures en faveur des jeunes qui sont les plus touchés par la crise, notamment ceux issus de quartiers difficiles. Nous sommes favorables à tout ce qui concourt à former les jeunes et à favoriser l'alternance. Aujourd'hui, le volume de jeunes formés en alternance est beaucoup plus important qu'il y a dix ans. Et le taux d'embauche qui en découle est très élevé. C'est une solution intelligente et efficace et il ne faut pas hésiter à aller encore plus loin.Peut-on se contenter d'appeler au développement de l'alternance ?Il ne faut pas se contenter d'en parler, il faut y mettre beaucoup de moyens. Dans ce domaine, c'est avant tout une question d'investissement même s'il existe aussi des freins d'ordre sociologique : l'origine sociale, la mauvaise image des quartiers difficiles, etc. Il faut travailler sur l'ensemble de ces leviers. Une entreprise n'a aucune raison de refuser un jeune issu d'un quartier difficile, s'il a bien été formé, s'il a terminé son cursus, le cas échéant avec un diplôme. Encore moins quand il s'agit de qualifications « pénuriques ».Vous pensez à quelles professions en particulier ?Historiquement, les métiers manuels sont un peu moins attractifs pour les jeunes qui préfèrent les services. Mais les fédérations et les professions font de réels efforts pour redorer le blason de ces métiers, notamment en revalorisant les salaires. Évidemment, ce n'est pas encore suffisant. Les métiers en tension, ceux qui souffrent d'un déficit d'image, sont les mêmes depuis dix ans : les soudeurs, les fraiseurs, les carreleurs, les chauffeurs, les plombiers, les techniciens? Cela dit, même en cette période de crise, certains besoins du tertiaire ne sont toujours pas satisfaits. Un exemple : trouver une assistante trilingue est loin d'être facile.Pôle emploi a rendu public le résultat de ses appels d'offres sur le placement des chômeurs. Êtes-vous satisfait des « lots » que vous avez obtenus ?Nous avions déjà répondu à des appels d'offres à travers notre filiale spécialisée VAR (Valorisation, Accompagnement, Reclassement). La demande portait sur le placement de 320.000 demandeurs d'emploi répartis en 66 lots. Nous avons répondu à 38 lots, nous en avons obtenu 11, ce qui, pour nous, est un succès important. L'intérim va épauler les services de Pôle emploi qui sont sous-dimensionnés pour faire face au flux massif de demandeurs d'emploi. Nos compétences ne sont pas tout à fait les mêmes. Les salariés des opérateurs qui vont intervenir n'offrent pas le même service que les conseillers de Pôle emploi. Nous sommes très spécialisés sur l'évaluation, l'analyse des compétences, de l'expérience, mais un peu moins pointus sur la partie conseils sur les droits d'accès au chômage, etc. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si, parmi les 2.000 à 3.000 personnes qui seront recrutées par Pôle emploi pour étoffer ses équipes, nous retrouverons une partie des collaborateurs qui travaillaient jusqu'alors chez nous.Dans votre activité recrutements, notez-vous une baisse des prétentions salariales des candidats ?Non, aujourd'hui il n'y a pas de baisse des rémunérations. Quand vous faites des recrutements en cette période de crise, vous voulez le meilleur? Et c'est dans notre intérêt aussi de présenter les candidats les plus expérimentés. Si toutefois une entreprise voulait profiter de la crise pour imposer des conditions salariales moins satisfaisantes, nous lutterions en arguant que l'expérience d'un candidat a un prix et qu'en ne le payant pas à sa juste valeur, on prend un risque.Vous vous êtes rapprochés de Vediorbis. La concentration dans ce secteur est-elle terminée ?Il reste encore beaucoup de petits acteurs? S'il y avait des acteurs qui avaient des raisons de fusionner, c'était bien Randstad et Vediorbis. Les troisième et quatrième groupes au niveau mondial deviennent numéro deux. Nos portefeuilles étaient aussi très complémentaires : l'un s'appuyant sur une seule marque et des concepts très forts, l'autre sur plusieurs identités très orientées sur les grands comptes avec des concepts très forts? Notre fusion se traduit par une forte concentration du marché. Les trois grands prestataires de l'intérim se partagent désormais 70 % du marché français. Sauf à identifier des niches, je ne pense pas qu'il faille aller beaucoup plus loin.Dans l'intérim, les grands creux de marché sont souvent suivis d'un rebond assez vif. Les parts de marché des différents acteurs peuvent-elles bouger ?Aujourd'hui, nous sommes obligés de réduire la voilure et nous savons que la reprise sera pour notre métier nécessairement forte et rapide. À ce moment-là, nous dirons à nos équipes : « Embauchons, embauchons, embauchons? » Et c'est celui qui embauchera le plus vite qui prendra un avantage décisif sur les autres. Il ne faudra pas rater les trois premiers mois de la reprise. Avant la crise, le groupe Randstad avait 18 % de part de marché. Si nous enregistrons une croissance supérieure, comme cela a été le cas ces deux dernières années, nous pouvons encore progresser. Ce sera l'objectif. Mais nous ne voulons absolument pas brader notre savoir-faire. Cela ne peut pas se faire au détriment des marges. Dans la profession, il y a quelques décennies, les marges étaient très importantes. La course à la part de marché a généré un business avec des marges autour de 10-12 % en moyenne. Les résultats des groupes de travail temporaire oscillent entre 3-3,5 % ; nous n'avons plus beaucoup de marge de man?uvre. Prendre des parts de marché en baissant les prix, ce n'est pas pour nous. Nous voulons y parvenir en faisant évoluer le service, en le tirant par le haut en renforçant notre valeur ajoutée et donc en augmentant les marges.

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