Une opération suspendue aux décisions politiques depuis dix ans

Le nucléaire n'est décidément pas, en France, une activité industrielle comme une autre. Soumise depuis dix ans aux atermoiements du pouvoir politique, l'augmentation de capital d'Areva, si elle finit par voir le jour, rentrera dans les annales comme une des plus longues de l'histoire. Dès la naissance au forceps d'Areva en 2001, après la fusion de Cogema, Framatome et CEA-Industries, Anne Lauvergeon, qui en a imposé le concept, affirmait haut et fort que le capital du tout nouveau groupe nucléaire avait vocation à être ouvert. Ouvrir à des capitaux privés l'un des éléments clés de la filière nucléaire française, conçue et financée par l'État depuis trente ans ! La proposition ne manquait pas d'audace, surtout venant de la présidente d'un groupe dont la naissance a été adoubée par Lionel Jospin. Le tout dans un secteur nucléaire mondial à l'arrêt depuis Tchernobyl en 1986. D'ailleurs à l'époque, EDF, Alcatel et TotalfinaElf, actionnaires historiques de la Cogema et de Framatome, s'étaient fait priés pour rester dans le tour de table d'Areva. Misant sur un renouveau de l'atome et désireuse de donner à Areva les moyens de s'y préparer, Anne Lauvergeon persiste et signe. Le gouvernement Raffarin lance en 2003 l'étude d'une mise en Bourse partielle. En novembre 2004, Nicolas Sarkozy, alors à Bercy, donne le feu vert officiel. Tout est fin prêt lorsque Thierry Breton, à peine arrivé à Bercy en février 2005, gèle le processus en annonçant que les mises en Bourse de Gaz de France et d'EDF sont « prioritaires ». Le 28 octobre 2005, le premier ministre Dominique de Villepin enterre le projet. Depuis, à la faveur de l'essor annoncé du nucléaire dans le monde, ce sont les industriels qui se battent pour rentrer chez Areva : Bouygues seul, puis avec Alstom dont il est devenu l'actionnaire de référence. Nicolas Sarkozy, président de la République, semble favoriser ce schéma avant d'y renoncer mi-2008. En juin 2009, l'État lance l'opération actuelle. Et s'empresse de ne rien faire, le tableau étant cette fois brouillé par l'appétit pour Areva du nouveau patron d'EDF Henri Proglio, servi par l'échec de la filière française à Abou Dhabi. M.-C. L

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