Une bombe dans le milieu du graffiti

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Thierry Guetta, un Français exilé à Los Angeles, a une manie : il immortalise les moindres instants de sa vie avec sa caméra. Le jour où il accompagne son cousin poser dans des endroits insolites de drôles de petites mosaïques à l'effigie d'un jeu vidéo des années 1970, « Space Invader », il ne se doute pas qu'il capte les premières images du documentaire le plus fourni et le plus édifiant sur le monde du « Street Art ». Car Guetta se prend vite au jeu et devient complice des meilleurs artistes de rue du monde : Shepard Fairey, Ron English, Neck Face, Dotmasters, Zevs, et bien sûr Banksy, le plus ingénieux et le plus éminent d'entre eux.Les faits d'armes les plus connus de ce dernier : avoir accroché ses propres toiles dans les galeries du British Museum, peint sur le mur de séparation entre Israël et la Palestine, ou encore frappé des fausses livres sterling à l'effigie de Lady Di. Pourquoi est-ce lui qui signe ce documentaire ? Parce qu'il s'est chargé du montage et de la narration à partir des images recueillies par Thierry Guetta, avec l'humour subtil et la minutie qui caractérise son oeuvre.Mais Banksy est aussi passé derrière la caméra pour immortaliser la naissance d'un « street artist » autoproclamé : Thierry Guetta, alias Mr Brainwash. Sous son regard, celui qui inspirait la sympathie de par sa personnalité improbable, son comportement gauche et maladroit révèle un autre visage : celui d'un artiste capricieux et tapageur. Guetta imite ceux qu'il a côtoyés, assistés, confessés mais n'y emploie ni finesse, ni talent, ni modestie. En fait d'oeuvres, il ne fait que décliner les idées de ses pairs. Reste que sa cote s'envole, et le milieu du graffiti est écoeuré. Avec ce film, Banksy ne se contente pas de faire le récit d'une imposture, il illustre le paradoxe inhérent au street art : réprouvé, illégal, il atteint chez Sotheby's des sommes astronomiques. D'où ce titre « Faites le mur » qui sonne comme une invitation au « vandalisme », au pochoir et au graffiti.Charles Faugero

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