« Stress tests » bancaires ? : la transparence avant tout

La plupart des crises financières systémiques du passé n'ont été résolues qu'au prix d'un processus de « triage » mené par la puissance publique, permettant aux investisseurs de différencier les banques les plus solides des plus faibles. Ce fut le cas par exemple aux États-Unis en 1989-1990, en Suède en 1992-1993, au Japon en 2002-2003. Aux États-Unis encore, en mai 2009, la publication des résultats de stress tests menés sur 19 grandes sociétés financières aura eu un effet positif déterminant sur les marchés. En comparaison, l'UE est longtemps restée dans le déni de réalité. Des tests ont bien été conduits en septembre 2009, mais aucun résultat précis n'a été rendu public et l'impact sur les marchés a été inexistant.Il aura fallu la pression combinée des marchés, de la BCE, et de tiers incluant les États-Unis et le Fonds monétaire international, plus un retournement soudain de la position espagnole, pour que la décision de publier les résultats soit finalement prise le mois dernier. Mais bien des paramètres restent en suspens. La raison essentielle en est, comme d'habitude, la multiplicité des lieux de décision au sein de l'Union, par contraste avec les États-Unis où la Réserve fédérale a pu centraliser le processus avec l'aide de deux autres agences gouvernementales. En Europe, chaque pays est tenté de protéger « ses » banques, en raison d'un mélange de nationalisme économique, de capture par des intérêts privés, et de refus de reconnaître les errements passés de la surveillance publique du secteur financier.À défaut d'un processus centralisé, hors de portée pour le moment, la meilleure façon de forcer les différents acteurs à coopérer est de leur imposer un format uniforme et détaillé pour la publication des résultats. En imposant le partage de données factuelles et vérifiables, ceci dissuaderait leurs éventuelles velléités de manipulation. La plupart des autorités nationales qui mènent les stress tests ont commis tellement d'erreurs au cours des dernières années que les investisseurs ne croiront que ce qu'ils verront. C'est pour cela que la transparence est la vraie clé du succès des stress tests.En mai 2009, les États-Unis ont détaillé 17 indicateurs pour chacune des banques examinées, y compris les pertes potentielles dans 8 classes d'actifs différentes, selon un format identique d'une banque à l'autre. Il nous faut au moins le même niveau de détail et d'uniformité en Europe pour que les analystes puissent bien saisir l'effet des différents facteurs de risque. Le risque souverain au sein de la zone euro, au coeur des préoccupations du marché, pose un problème spécifique. On peut comprendre que les gouvernements soient mal à l'aise pour inclure un scénario de défaut dans le mode d'emploi des tests, alors qu'ils continuent de proclamer par ailleurs qu'une telle option est hors de question. Mais plutôt que des hypothèses de décote sur la dette souveraine trop basses pour être crédibles, il vaudrait mieux détailler l'exposition de chaque banque au risque souverain de chaque pays, avec des mesures appropriées pour éviter que cette démarche soit créatrice d'instabilité dans la période précédant la publication. Sur cette base, les analystes pourront tester eux-mêmes leurs propres scénarios de stress, et identifier quelles banques sont assez fortes pour y résister.La communication du 23 juillet devra mettre en évidence une sous-capitalisation significative dans un certain nombre de banques, faute de quoi elle ne sera pas crédible et ne fera qu'exacerber la défiance et la volatilité du marché. De trop nombreux signaux, qui convergent avec les évaluations « top-down » menées par le FMI et la BCE, ont convaincu les investisseurs que tout n'allait pas pour le mieux dans le système bancaire européen. Heureusement, une bonne partie des besoins en capital qui seront révélés pourrait être satisfaite par les marchés eux-mêmes, comme ce fut le cas aux États-Unis l'an dernier. Mais on ne peut exclure que les gouvernements soient amenés à intervenir pour recapitaliser et restructurer certaines banques trop fragiles, ce qui sera inévitablement douloureux d'un point de vue financier mais aussi politique. Pour que ce processus reste gérable, il est nécessaire que les stress tests apparaissent à la fois convaincants et équitables, et seul un niveau élevé de transparence dans les résultats publiés peut permettre d'atteindre un tel résultat. (*) Chercheur invité au Peterson Institute for International Economics, à Washington.Chronique Nicolas Véron (*) Économiste au sein du « think tank » Bruegel, à Bruxelles.
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