Déjà intégrée dans les cours, la perte du AAA par la France ne devrait pas affoler les marchés

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Sans surprise, la menace de dégradation de la note de la France n'a pas laissé le gouvernement de marbre. Après avoir critiqué la décision de l'agence Standard & Poor's (S&P), le 5 décembre, de mettre sous surveillance négative 15 notations financières d'États de la zone euro dont la France, les responsables politiques sont maintenant à la manoeuvre pour dédramatiser l'événement. Dans le sillage de Nicolas Sarkozy, le gouvernement et la majorité se sont employés à faire de la perte du AAA une difficulté supplémentaire mais pas « insurmontable », après avoir pendant des mois motivé la cure d'austérité par la nécessité de préserver ce précieux sésame financier.« Non-événement »Dernier en date, le Premier ministre François Fillon a ainsi estimé ce jeudi que de nouvelles « secousses » sont à prévoir même si « ce qui importe, ce n'est pas (le) jugement d'un jour » mais « la trajectoire politiquement structurée et budgétairement rigoureuse » suivie par Paris et Bruxelles. Or c'est précisément sur ce point que les agences doutent des engagements européens, tant S&P que ses consoeurs Moody's et Fitch.Sur les marchés financiers, la perte du AAA par la France devrait de fait constituer un « non-événement » tant les opérateurs ont déjà intégré un décrochage de Paris par rapport à Berlin. Désormais popularisé, le spread, c'est-à-dire la prime de risque constatée sur les marchés entre les obligations d'État à 10 ans françaises et les titres équivalents allemands, stationnait ce jeudi à environ 115 points de base (soit 1,15 point de pourcentage d'écart), non loin de sa moyenne de 111 points sur les trois derniers mois. Différentiel de croissance« Le différentiel de croissance, de trajectoire des finances publiques, et la perspective des élections françaises début 2012 ont été à l'origine de ces craintes (sur la signature française) », soulignent les experts de La Française AM. « L'écart de rendement entre les dettes des deux pays, historiquement très faible, était déjà sur une tendance haussière depuis la fin du mois de juin, passant au cours de l'été et au début de l'automne de 40 à 100 points de base », ajoutent-ils en soulignant que l'accélération a été brutale avec un doublement à 200 points mi-novembre. « Il faut remonter à 1990 pour voir un tel niveau, alors même que les deux dettes étaient libellées dans des devises différentes », concluent-ils.Après la dégradation des États-Unis en août, c'est donc au tour de la France et des grands pays AAA européens de s'engager vers une sortie de la « catégorie reine » des dettes d'État. Car au-delà de la France, menacée d'être dégradée de deux crans jusqu'à AA, et de l'Allemagne, le Royaume-Uni pourrait lui aussi suivre très vite. Ainsi, pour le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, un abaissement de la note de la France n'est « pas justifié au regard des fondamentaux économiques » à moins que les agences ne commencent par « dégrader le Royaume-Uni qui a plus de déficits, autant de dettes, plus d'inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s'effondre ». Julien Beauvieux

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