Obama, dernier keynésien

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Sans rigueur, la France éviterait la récession. C'est ce qu'admettent, à demi-mot, les experts de l'Insee. Mais pour eux, l'impact sur l'économie des plans de rigueur européens serait relativement limité en 2012. Il serait du même ordre de grandeur qu'en 2011, soit à peu près 0,5 point en moins pour la croissance du PIB. Et de souligner immédiatement qu'en l'absence de telles mesures de redressement des finances publiques, les tensions seraient telles, sur les taux d'intérêt et dans tout le système financier, que l'économie serait tout autant, voire plus, mise à mal. Cette vision est largement partagée aujourd'hui : l'Europe n'a pas d'autre choix que la rigueur, même si c'est au prix d'une récession, que les experts de l'Insee voient modérée... avant une prochaine révision à la baisse ?Devenus très minoritaires au sein de la communauté des économistes, les keynésiens n'en font pas moins entendre leur voix. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avait ainsi sonné l'alerte dès le mois d'octobre. Pour lui, l'accumulation de plans de rigueur est totalement contre-productive : à l'exemple de ce qui se passe en Grèce, ceux-ci contribuent à enfoncer les économies dans la récession, les privant de recettes fiscales. Du coup, ces plans ne permettent pas de rétablir les finances publiques ; au contraire, ils les dégradent.L'OFCE évoque ainsi le cumul du multiplicateur interne - une hausse d'impôt, en réduisant la consommation, diminue la production, et donc le revenu distribué, ce qui réduit encore la demande, etc. - et d'un multiplicateur externe, puisque les plans de rigueur provoquent une baisse des importations, soit autant d'exportations en moins pour les voisins européens. Ainsi, pour la France, les différentes mesures prises par le gouvernement Fillon et impactant l'année 2011 auraient-elles réduit la croissance de 1,4 point, tandis que l'impact négatif des plans de nos voisins aurait été de 0,8 point. Au total, selon ces experts, si la politique budgétaire était restée neutre - au sein de toute l'Europe -, la croissance française de 2011 aurait atteint non pas 1,6 %, comme le prévoit l'Insee, mais 3,8 % ! Dans ces conditions, les recettes fiscales auraient été bien supérieures, et le déficit aurait pu être sensiblement réduit, sans effort.La majorité des économistes récusent de tels calculs, soulignant, comme le fait l'Insee, l'impossibilité de raisonner « toutes choses égales par ailleurs », comme si l'absence de consolidation budgétaire pouvait être sans conséquence sur les marchés financiers.Mais la question est surtout d'ordre politico-institutionnel : c'est avant tout parce que la BCE (Banque centrale européenne) ne peut pas ou du moins ne veut pas, sous la pression allemande, garantir des taux d'intérêt modérés sur les titres de dette publique des pays de la zone - elle pourrait le faire, en déclarant être en mesure d'acheter tout le « papier » nécessaire - que les États sont contraints aux plans de rigueur.La preuve ? Avec une dette publique encore supérieure, mais dans un contexte institutionnel différent, avec une banque centrale assurant son rôle de prêteur en dernier ressort, l'administration Obama peut se permettre de raisonner tout autrement : elle vise d'abord une reprise de la croissance, gage de recettes publiques abondantes, et donc de diminution du déficit. Au pays de feu le très libéral Milton Friedman, Barack Obama se montre là beaucoup plus keynésien que tous les Européens. Ivan BestL'Amérique vise d'abord une reprise de la croissance, gage de recettes publiques abondantes. Et donc de diminution du déficit.

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