Grippe H1N1  :  faut-il avoir peur pour le CAC 40  ?

chronique Laurent alexandre Docteur en médecine (*)L'évolution boursière dans les prochains mois va dépendre crucialement de la gravité de l'épidémie de grippe A. Les données récentes sont pourtant plutôt rassurantes : H1N1 est très contagieux mais semble relativement peu dangereux au regard de la grippe espagnole de 1918-1919, qui tua sans doute plus 50 millions de personnes (soit 2,5 % de la population mondiale de l'époque). Par ailleurs, une épidémie de grippe n'a pas, en temps normal, d'impact majeur sur les indices boursiers. Cependant nous sommes dans une période exceptionnelle, au début d'une convalescence économique difficile, tout juste un an après l'arrêt cardiaque qui a suivi la chute de Lehman Brothers. Une épidémie de grippe sévère pourrait dès lors avoir des conséquences économiques beaucoup plus graves que d'habitude, ce d'autant que les remèdes néokeynésiens atteignent aujourd'hui leurs limites. Quatre scénarios boursiers sont envisageables.???Scénario numéro un (probabilité 35 %) : l'épidémie reste très limitée, le CAC 40 monte à 4.000. La mortalité par complications directes (pneumonie) est juste un peu supérieure à celle d'une épidémie de grippe banale. Les conséquences économiques sont très limitées. Dans ce cas, le CAC 40 évoluera en fonction des seules anticipations macroéconomiques et pourrait poursuivre son rebond en attendant une possible rechute en 2010, le marché ne réalisant pas tout de suite que la rentabilité des entreprises occidentales va durablement baisser par rapport au grand « bull market » (marché haussier) 1982-2000. Mais ceci est une autre histoire????Scénario numéro deux (probabilité 45 %) : l'hiver connaît un épisode grippal comparable à celui de 1968 ; le CAC 40 retombe à 2.500. La France déplore 25.000 morts, comme pour la grippe de Hong Kong en 1968. Les entreprises sont temporairement bloquées. La Bourse ne bougerait pas dans une conjoncture normale, mais un an après le grand plongeon, les entreprises, encore très fragiles, connaissent de graves difficultés de trésorerie. Au pic de l'épidémie, la consommation chute de 10 % de façon synchronisée dans les principaux pays de l'OCDE, par crainte d'une contamination dans les lieux publics. La rechute est sévère mais ne dure qu'un gros trimestre.???Scénario numéro trois (probabilité 15 %) : le virus H1N1 mute légèrement, mais sans atteindre la virulence de l'épidémie de grippe espagnole ; le CAC 40 rechute à 1.750. Avec 80.000 morts en France, notamment des jeunes actifs foudroyés par les complications directes, le bilan est nettement plus dramatique. Le Tamiflu ne réduit que faiblement la gravité de l'épidémie et le vaccin commandé par les gouvernements des pays développés a une efficacité réduite. Une forte chute du PIB est enregistrée sur deux trimestres. Le taux de chômage explose. En France, on touche les 12 % en Février. Les États lancent un deuxième plan de relance, ce qui conduit les marchés à s'interroger sur le risque de défaut des États, et d'hyperinflation.???Scénario numéro quatre (probabilité de moins de 5 %) : la grippe espagnole 2.0. Le CAC 40 n'est plus coté car la Bourse ne fonctionne plus. H1N1 acquiert par mutation une virulence équivalente à celle de la grippe espagnole, qui, rappelons-le, n'a pas été meurtrière d'emblée, mais après une mutation du virus qui se serait produite aux États-Unis. Le vaccin est inefficace et l'utilisation sauvage du Tamiflu accélère le développement de virus mutants, résistants aux antiviraux. C'est le scénario noir, celui que le ministère de la Santé redoute? et qui justifie que plus d'un milliard et demi d'euros aient déjà été dépensés par la puissance publique pour protéger le pays. En dépit d'une préparation sérieuse, et même si le système de santé est beaucoup plus performant qu'en 1918-1919, les pouvoirs publics sont dépassés par les événements. Le système de santé est d'autant plus rapidement saturé et difficile à piloter qu'une partie du personnel soignant préfère se terrer en famille, à l'abri du virus. Malgré l'utilisation de la loi de 1955 instituant l'état d'urgence, comme pendant les émeutes dans les banlieues en 2005, les pouvoirs publics sont désorganisés. L'armée n'arrive pas à réquisitionner le personnel des centrales électriques et des équipements essentiels. Internet, lui-même, est désorganisé. Les gens ne sortent pas de chez eux, même si Bernanke et les banques centrales « jettent des sacs de billets de banque par hélicoptère ». L'activité économique chute gravement de façon synchrone sur les cinq continents, toutes les composantes de la croissance étant touchées : la consommation, le commerce extérieur et l'investissement. Une récession de la gravité de celle de 1929 s'installe alors. Les relances néokeynésiennes sont totalement inopérantes? Une sortie de crise très laborieuse accélère encore le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale de l'OCDE vers les pays émergents et notamment la « Chindia ». Les scénarios apocalyptiques, heureusement, se révèlent souvent faux? Au début des années 1990, les épidémiologistes britanniques annonçaient 10 millions de contaminés par le prion de la maladie de la « vache folle ». Il n'y a eu que 200 morts !Pour ce qui concerne H1N1, le risque d'une épidémie majeure semble pour l'instant écarté. L'Armageddon grippal ne semble pas à l'ordre du jour, et les experts penchent pour le scénario deux Mais même ce scénario n'est pas rose pour les marchés financiers. Peut-être faut-il « shorter » le marché? ?(*) [email protected]
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