Haïti est en Amérique

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Sans vouloir faire offense à Alain Joyandet, secrétaire d'État à la Coopération, il ne fait pas le poids face à Hillary Clinton, secrétaire d'État tout court. S'il fallait juger du degré d'implication respective de la France et des États-Unis, la visite à Port-au-Prince de Mme Clinton, numéro deux du gouvernement américain après Barack Obama, par rapport à celle, certes plus prompte, d'un membre peu éminent du gouvernement français, suffirait à trancher. Les États-Unis seront là pour les Haïtiens « aujourd'hui, demain et à l'avenir », a déclaré Hillary Clinton. On peut la croire sur parole. L'Amérique a pris en main le petit pays des Caraïbes qui s'efforce d'enterrer ses morts et de sauver ses vivants depuis le séisme de mardi dernier et, disons-le tout de go, il n'y a rien là de choquant. L'histoire, la géographie, les liens humains, la géopolitique et la bonne vieille politique, tout milite en faveur d'un engagement américain. Depuis 1823, la doctrine Monroe reste un socle de la diplomatie de Washington et peut se résumer ainsi : l'hémisphère occidental est l'affaire des Américains. Leurs interventions militaires ou politiques dans les affaires haïtiennes, pour le meilleur et souvent pour le pire, ont été constantes. La base US de Guantanamo Bay est toute proche d'Haïti, et plus d'un demi-million d'Haïtiens vivent aux États-Unis (ils sont dix fois moins nombreux en France). Pour Obama, le drame haïtien permet à la fois de montrer que la force américaine peut être utilisée à bon escient, et de secourir la première République noire de l'histoire. Les trois plus récents présidents américains déclarant ensemble vendredi leur volonté d'aider Haïti à se reconstruire, c'était une image forte. Bill Clinton est d'ailleurs, depuis mai 2009, émissaire spécial des Nations unies pour Haïti et, comme le rappelait sa femme sur CNN, c'est là qu'ils avaient passé leur voyage de noces? Les Français bouleversés par les souffrances des Haïtiens, qu'ils découvrent si proches d'eux par la langue et la culture, sont forcés de constater qu'ils sont largement hors jeu. sgherardi@latribune.frSophie Gherard

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