Chez France Télécom ou Renault, les suicides ont révélé une crise plus profonde
La Tribune
La Tribune
Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, a récemment demandé à Stéphane Richard, le PDG d'Orange, comment l'affaire des suicides de 2009 avait été gérée. Il faut dire que, pour la première fois en France, une crise de cette nature provoquait le départ du numéro deux (Louis-Pierre Wenes) puis du numéro un (Didier Lombard) d'un grand groupe. Paradoxalement, malgré les changements de management, le gel des mobilités forcées et un travail de consultation sociale d'une ampleur inégalée, l'année 2010 s'est terminée sur un bilan plus lourd que la précédente en nombre de suicides. 2011 marque un tournant positif sur ce point. Mais l'une des leçons est justement de ne pas raisonner en statistiques. Dans le cas d'Orange, la médiatisation des suicides avait mis au grand jour une crise sociale plus profonde, avec un ras-le-bol de certaines pratiques de management. Aujourd'hui, les outils de prévention sont plus nombreux, avec par exemple un numéro d'appel gratuit pour les salariés en souffrance et un autre pour l'encadrement quand il pense être confronté à un risque individuel.Chez Renault, l'enquête de Technologia menée après la série de suicides au centre technique de Guyancourt fin 2006 avait abouti à un constat alarmant : un tiers des 6.500 salariés interrogés se sentaient « sous tension », avec beaucoup de « situations de souffrance ». Le constructeur avait alors édicté un programme pour mieux prendre le stress en compte, avec une organisation « qui privilégie les responsables de proximité ». Quatre-vingt-quinze responsables ont eu alors à leur charge 350 personnes, avec « pour mission de connaître chaque collaborateur ». Des mesures concrètes ont aussi été adoptées comme une plage plus restrictive d'horaires d'arrivée et de départ. Des embauches avaient aussi quelque peu allégé la charge de travail. J.-B. J. et A.-G. V.
La Tribune