La Chine enfin pr ête à réévaluer sa monnaie

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Le geste était attendu, presque prévisible. Une semaine avant le G20 qui se tient à Toronto du 26 au 27 juin, la Chine a finalement annoncé à travers un communiqué de la banque centrale publié samedi soir qu'elle cessait d'indexer sa monnaie, le yuan ou renminbi (RMB), sur le dollar. C'est donc avant tout un geste politique et pragmatique qu'elle fait envers ses partenaires commerciaux et surtout les États-Unis où la pression était remontée ces derniers jours au Congrès pour imposer une limitation sur les importations chinoises.Cette décision montre aussi le rôle croissant de la troisième économie mondiale sur la scène internationale et dans les échanges commerciaux. Selon des observateurs, il était indispensable qu'elle agisse avant le sommet pour permettre son bon déroulement. En 2009, elle a accumulé un excédent commercial de 227 milliards de dollars avec les États-Unis. En mai, son excédent s'est envolé pour atteindre 20 milliards de dollars. La Chine reviendra donc au système en vigueur avant juillet 2008, date à laquelle elle a arrimé sa monnaie au dollar pour protéger ses exportateurs. Les trois années précédentes, elle avait pratiqué un taux de change flottant contrôlé, le yuan pouvant fluctuer de + ou ? 0,5 % par rapport à un panier de monnaies dont personne ne savait exactement comment il était composé : résultat, le yuan s'était apprécié de 21 % par rapport au dollar entre juillet 2005 et juillet 2008.Mais sur le court terme, il ne faut pas s'attendre à un impact sur l'économie locale ni sur les déséquilibres commerciaux. La banque centrale a précisé qu'il n'y aurait pas de « vaste mouvement » et dimanche encore, à travers son porte-parole, qu'il n'y aurait pas d'importante réévaluation. « La monnaie s'appréciera très lentement. Je pense seulement de 0,2 % par mois jusqu'à ce que la situation en Europe se stabilise, puis de 5-7 % par an », a écrit Andy Rothman, économiste à Shanghai pour CLSA, dans une note à ses clients.Initialement, la désindexation était attendue autour d'avril. Mais la crise en Europe est passée par là, ce qui a fait chuter l'euro de près de 20 % par rapport au yuan, alors que l'Europe est le premier partenaire commercial de la Chine. Pékin est traditionnellement prudent en temps de crise et subit la forte influence du puissant ministère du Commerce, soucieux de protéger ses exportateurs, si bien que le statu quo avait été maintenu.Rééquilibrage économique« La hausse du yuan restera assez faible pour ne pas affecter les exportateurs », continue Andy Rothman. Un geste même minime est néanmoins attendu cette semaine « pour que les paroles se concrétisent en actes », selon un autre analyste.Mais au-delà même de la pression américaine, l'appréciation du yuan pose la question du rééquilibrage économique de la Chine, dont la croissance repose depuis trente ans sur l'export. Le système a montré ses limites lorsque la crise financière de 2008 a mis des millions de travailleurs à la rue et forcé la fermeture de centaines d'usines dans le Sud. Une hausse de la monnaie est dans la droite ligne de la volonté du gouvernement de lier la croissance non aux exportations mais à la consommation intérieure. Elle permettrait de favoriser les importations à forte valeur ajoutée et d'élever le niveau de vie de la population sans pour autant atteindre le chiffre magique de 8 % de croissance par an nécessaire pour absorber le chômage et faire tourner l'économie.Juguler l'inflationEt surtout un RMB plus fort allégerait le rôle de la banque centrale, obligée d'acheter des dollars pour maintenir artificiellement bas le cours de la monnaie. Les réserves accumulées ont aujourd'hui atteint 2.400 milliards de dollars. « La banque centrale est constamment en train d'amasser les réserves. La masse monétaire ne cesse de croître et elle est obligée de prendre des mesures de resserrement pour lutter contre l'inflation », explique Patrick Chovanec, professeur d'économie à l'université de Tsinghua. Dans un premier temps donc, une hausse de la monnaie devrait juguler l'inflation qui menaçait depuis le début de l'année.Reste à savoir si, au-delà du geste politique de ce week-end, la Chine est réellement prête à reprendre la réforme interrompue en 2008. « Le discours politique est là, la volonté aussi. Mais changer de modèle de croissance, c'est prendre des risques. L'appréciation ne suffit pas. Il faut voir si la Chine sera capable de renoncer au modèle qui a fait son succès », conclut Patrick Chovanec. Virginie Mangin, à Pékin

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