Jeudi 7 octobre. 14 ? h ? 30. Bd Beaumarchais. paris

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Comme souvent, les socialistes avaient rendez-vous devant le cirque d'Hiver. Le service d'ordre était nerveux. Le carré de tête syndical venait de passer devant les banderoles du PS. Suivi par des groupes de manifestants qui faisaient résonner des slogans vengeurs sur le pavé de la capitale : « Sarkozy, t'es foutu, tu finiras tout nu » ; « La retraite pour Sarko, c'est 55 ans, c'est maintenant » ; « Nicolas, démissionne mais ne reviens pas ! ».Martine Aubry était assiégée par une forêt de micros et de caméras. La première secrétaire du PS ramena le calme avec l'autorité ronchonne qui était sa marque de fabrique. « Je m'exprimerai plus longuement tout à l'heure... Mais d'ores et déjà je veux vous dire ceci : Nicolas Sarkozy a choisi d'anticiper l'échéance. Il ne réussira qu'à anticiper la sanction. » « Serez-vous la candidate des socialistes ? » lança une journaliste. La maire de Lille tourna les talons.Comme toujours, Ségolène Royal était en retard. Sa voiture avalait les kilomètres qui séparent Poitiers de Paris. France Info diffusait des nouvelles alarmantes sur le cortège parisien. Des barricades avaient été dressées place de la Nation. Assis à l'avant, l'officier de sécurité de l'ancienne candidate à la présidentielle répondit au téléphone. C'était Laurence Ferrari qui demandait si Ségolène Royal pouvait être sur le plateau du « 20 heures » de TF1. La réponse fut positive.La cour intérieure de Solferino débordait. Des grappes de journalistes tentaient de se frayer un chemin vers la salle Marie-Thérèse-Eyquem, où Martine Aubry patientait au pupitre. Le silence se fit au moment où la première secrétaire commença à parler. « La France vit aujourd'hui une situation quasi insurrectionnelle. Trois années de détricotage du vivre ensemble, trois années de mise à mal des services publics, trois années de politiques injustes et inefficaces ont rompu le contrat entre les Français et leurs dirigeants. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy va jusqu'à dévoyer les institutions de la Ve République pour tenter un passage en force. Il trouvera le Parti socialiste en ordre de bataille face à lui. Nous gagnerons l'élection présidentielle et nous ramènerons dans ce pays la sérénité et l'esprit de justice indispensables à la réussite des réformes nécessaires... » « Qui sera le candidat du PS ? » tenta un journaliste. Martine Aubry cligna des yeux face aux projecteurs : « La situation rend impossible l'organisation des primaires telles que nous les avions imaginées. Je me suis entretenue avec François, Manuel... et Ségolène. Nous tiendrons samedi un conseil national extraordinaire et les militants seront appelés à voter dans un délai d'une semaine pour choisir entre les candidats... » « Dont vous ferez partie ? » insista une voix dans la marée médiatique. Comme d'habitude, Martine Aubry quitta la pièce sans répondre.Laurence Ferrari goûtait ces moments où, elle le devinait, huit à neuf millions de Français lâchaient leur fourchette pour écouter son invité du jour répondre à une question cruciale. Ségolène Royal avait la veste blanche des jours de bataille. C'était bon signe. « Serez-vous candidate Mme Royal ? » demanda la présentatrice, la voix un peu tremblante. Le regard bleu de la présidente de la région Poitou-Charentes se posa sur la journaliste. « Je vais vous répondre. Mais d'abord, je veux dire que ma préoccupation va vers les Français qui souffrent. Depuis 2007, trois années ont été perdues. Je suis aujourd'hui la mieux placée pour riposter à l'offensive de Nicolas Sarkozy. Mais ce sont les militants socialistes qui le diront. Oui, je suis candidate, pour permettre à la France de rattraper le temps perdu ».

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