Or et pétrole : la règle de Raymond Barre

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PerspectivesPour commenter la remontée progressive de l'inflation en Europe (2,2 % en 2010), la plupart des analystes insistent sur le fait que l'inflation sous-jacente est faible. À les entendre, l'inflation serait due principalement à l'augmentation du prix des matières premières. Et là, toutes les explications possibles et imaginables circulent : les inondations en Australie freinent la production de charbon, ce qui fait monter le prix de l'énergie et donc du pétrole ; et de même la sécheresse en Russie a fait monter le cours du blé. Et il est toujours utile, dans ces cas-là, de rajouter un spéculateur avide pour couronner le tout, comme par exemple sur le marché du cuivre. Bref, la conclusion de tout cela est qu'il serait contre-productif de tenter de contenir l'inflation qui renaît en durcissant la politique monétaire.Et pourtant ! Faisons un petit retour en arrière. En 1974 très exactement. Raymond Barre, qui vient de quitter la Commission européenne, commente l'actualité. La crise s'installe mais deux problèmes spécifiques focalisent plus particulièrement l'attention. Il s'agit du quadruplement du prix du pétrole et de la négociation monétaire internationale consécutive à la décision de 1971 de Nixon de suspendre la convertibilité or du dollar. L'audace de Raymond Barre est alors de lier les deux problèmes. Il annonce en effet que, si on laisse le marché fixer librement les cours de l'or, il y aura un rapport fixe entre le prix de l'once et celui du baril de pétrole. Pour Barre, tendanciellement l'once d'or coûtera l'équivalent de 10 barils. Accusé par certains de ses interlocuteurs de faire une fixation toute gaulliste sur l'or, il leur donne rendez-vous dans cinq ou dix ans pour vérification de son assertion. Et, de fait, lorsqu'il intervient à Harvard sur le sujet en 1981, ce que certains se mettent à appeler la loi de Raymond Barre - c'est-à-dire l'évolution parallèle des cours de l'or et du pétrole - s'est globalement vérifié. Et il explique pourquoi : le maintien d'un ratio fixe entre les deux cours traduit simplement le fait que, si on avait conservé l'or comme monnaie, le prix du pétrole n'aurait pas augmenté. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'inflation en or.Si l'on veut exprimer autrement cette même idée, la position de Barre est que l'inflation n'est pas due à la hausse du cours des matières premières mais que la hausse du cours des matières premières est due à l'inflation. Bien qu'il se soit montré assez sévère avec le systématisme des monétaristes, Barre a entériné par sa « loi » une vision de l'inflation proche de la leur.Qu'il nous soit permis de dire qu'il avait raison. Les prix montent parce qu'il y a trop de monnaie en circulation. Comme le disait Friedman, en tout temps et en tout lieu l'inflation est et reste un phénomène monétaire. Dans les années 1970, quand Raymond Barre s'exprimait, l'excès de monnaie en circulation avait dans un premier temps enclenché une boucle prix-salaires avant de dégénérer en hausse du cours général des matières premières. Aujourd'hui, l'enchaînement est identique. Seule différence, la boucle prix-salaires se concentre dans les pays émergents. Phénomène d'ailleurs prévisible. Cette inflation dans les pays émergents a même un nom en théorie économique : cela s'appelle l'effet Balassa Samuelson. Derrière ce terme savant, il y a le fait que les pays dont le développement économique est inférieur à celui du pays dominant, à savoir en l'occurrence les États-Unis, ont des prix et des salaires largement inférieurs à ceux du pays dominant en question. Au fur et à mesure que leur efficacité économique et donc leur type de production se rapprochent de ceux des États-Unis, leurs prix et leurs salaires vont vers des niveaux américains. À cette boucle prix-salaires « Balassa Samuelson » vient s'ajouter une hausse du cours des matières premières. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Si la Réserve fédérale ne change pas sa politique, le prix du pétrole va continuer à monter - jusqu'à 130 dollars, soit un dixième du prix de l'once d'or- , mais aussi le prix du blé avec le risque d'émeutes de la faim... En revanche, un changement d'attitude de la Réserve fédérale, comme à l'époque de Volcker, au début des années 1980, nous donnera un contre-choc pétrolier et une baisse sensible du prix de l'or.

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