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« Le bouclier fiscal, au niveau actuel, soulève une question de justice sociale »

La Tribune

Publié le 24 octobre 2010 à 21:20 - Mis à jour le 24 octobre 2010 à 21:20

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05 juin 2026

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Sommes-nous entrés dans une guerre des monnaies ?Il faut toujours être très attentif au poids des mots. L'économie, ce n'est pas la guerre. Mais il est clair que nous entrons dans une période de crispation. La mise en oeuvre des plans de relance a pesé massivement sur la quasi-totalité des budgets des États. L'heure est venue de résorber ces déficits de crise. Trois types d'approches possibles : diminuer les dépenses des États - c'est nécessaire dans quasiment tous les pays, à commencer par le nôtre ; augmenter les impôts ; jouer sur la valeur des monnaies. À ce stade, recourir à des dévaluations compétitives serait très risqué pour l'économie mondiale. Je pense par ailleurs que l'inflation va devenir à son tour un sujet de débat. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne et, pour d'autres raisons, dans les pays émergents, on en parle de plus en plus.Quel pays est, selon vous, à l'origine de ces crispations monétaires, la Chine ou les États-Unis ?À partir du moment où la Chine est sciemment devenue l'un des tout premiers créanciers des États-Unis avec l'accord tacite de Washington, comment s'étonner que les antagonismes s'exacerbent aujourd'hui ? La vraie nouveauté, c'est que nous avons, nous Européens, pris conscience du caractère inachevé de l'euro. L'harmonisation des politiques budgétaires et fiscales et les critères de Maastricht ont volé en éclats avec la crise. Il faut revenir à marche forcée vers cette politique de convergence si nous voulons disposer d'un levier sur les monnaies.L'euro va donc rester la variable d'ajustement ?L'Europe dispose d'un atout considérable : son stock de capital et son extraordinaire patrimoine immatériel, de savoirs accumulés au cours des siècles. Voilà pourquoi nous restons attractifs aux yeux de nombre d'investisseurs de la planète ! À condition de ne pas les dévaloriser, en tombant dans les pièges de la dévaluation compétitive et, a fortiori, de l'inflation.Un alignement fiscal de la France sur l'Allemagne serait-il un pas dans la bonne direction ?L'Europe ne se construira pas sans une coordination d'envergure entre la France et l'Allemagne. Mais avant de parler fiscalité, il faut se pencher sur les budgets et le déficit budgétaire. Paris doit urgemment adopter une démarche parallèle à celle de Berlin pour imposer dans notre Constitution un point d'atterrissage de retour à l'équilibre au-delà des échéances électorales. L'Allemagne l'a fait de façon unilatérale en inscrivant cet objectif pour 2016 dans sa loi fondamentale. Elle est devenue sur ce point le marqueur de l'Europe pour la décennie qui vient. La France va devenir le premier pays émetteur de dette en euro. Potentiellement, la charge des intérêts de la dette va représenter dans les années qui viennent plus du quart du budget de l'État ! Ce qui signifie aussi que la spéculation aura les yeux rivés sur la capacité des États emprunteurs à tenir leurs engagements.La France est-elle en mesure de s'aligner sur l'Allemagne ?Il n'est ni pertinent ni raisonnable de faire comme s'il n'existait pas de différences de nature économique et sociale entre nos deux pays. Nous devons nous donner du temps, faute de quoi le remède serait pire que le mal. Viser un alignement à l'horizon 2020 me semble raisonnable. C'est aussi ce que dit le rapport Attali. Toute stratégie d'alignement nécessite une vision de long terme. Elle engage nécessairement les trois prochains présidents de la République. Si nous devions lui tourner le dos, les marchés nous l'imposeraient.Faut-il attendre l'élection présidentielle pour réformer l'ISF et le bouclier fiscal, dont vous êtes l'un des pères ?Avec Dominique de Villepin et Jean-François Copé, nous sommes en effet à l'origine du bouclier. L'ISF est un mauvais impôt qui taxe le patrimoine et pas uniquement des plus fortunés. Nous avons donc imaginé un mécanisme permettant d'éviter qu'il ne devienne confiscatoire, dissuasif et contre-productif pour notre pays. La formule que nous avions mise au point - 60 %, hors CSG et CRDS - revenait à ne jamais imposer un contribuable à plus de 71 % de ses revenus. Équilibré et acceptable. Réaménagé dans le cadre de la loi Tepa, ce taux est tombé à 39 %. La crise, depuis lors, nous impose un effort collectif. Et le bouclier, à ce niveau, soulève une question de justice sociale. Faut-il le supprimer, le compenser, l'aborder conjointement avec une réforme de l'ISF ? Il est opportun que l'on se penche sur le sujet.Le 16 novembre, vous fêterez vos deux ans à la tête d'Atos. Quel bilan faites-vous ?Atos en est à la deuxième année de son plan de redressement qui court sur trois ans. Nous tenons nos objectifs, de sorte que nous sommes tout à fait confiants dans la capacité du groupe à générer une marge opérationnelle de l'ordre de 7 % à 8 % fin 2011. Cette rentabilité ramènera Atos au niveau de ses meilleurs concurrents.Procéderez-vous à une augmentation générale des salaires en 2011, comme le revendiquent les salariés ?Nous avons traversé la crise économique de ces deux dernières années en nous donnant les moyens de préserver au maximum l'emploi des 50.000 collaborateurs du groupe. L'élaboration du budget d'Atos pour 2011 vient juste de démarrer et il est prématuré de répondre précisément à une question de ce type à l'échelle du groupe. Cela étant, sur ces questions, il est clair que notre budget tiendra compte du changement de conjoncture économique et des perspectives de croissance pays par pays. Notre priorité demeure le maintien de l'emploi. Nous aurons d'ailleurs recruté 5.000 collaborateurs en 2010, dont la moitié de jeunes diplômés.Reprendrez-vous le paiement de dividendes au titre de 2010 ?À terme, il est normal de verser un dividende dans une entreprise comme la nôtre. C'est même de bonne politique. Mais je ne suis évidemment pas seul à fixer les règles et l'échéance ! n

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