Il est essentiel que nous apprenions les leçons de cette crise pour ne pas la répéter »

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Le climat politique a incontestablement changé aux États-Unis. Et la dernière « affaire » Goldman Sachs, comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase, achève de convaincre les moins convaincus sur un constat de plus en plus partagé : le temps de la réforme structurelle de la finance est venu. Il ne s'agit plus de « sécuriser » le système financier mais bien de le réformer en profondeur. Longtemps soupçonné d'une trop « grande compréhension » à l'égard des banquiers, comme le rappelle Dominique Moïsi, conseiller spécial à l'IFRI, Barack Obama a adressé vendredi une sévère mise en garde à l'encontre de Wall Street qui tente par tous les moyens de bloquer sa réforme financière, en cours d'examen au Sénat. « Il est essentiel que nous apprenions les leçons de cette crise pour que nous ne nous condamnions pas à la répéter », a prévenu le président américain. « Ne vous y trompez pas, c'est exactement ce que va se produire », insiste-t-il, si la réforme devait échouer. Et pour être tout à fait clair à l'adresse des banquiers et des républicains, Barack Obama a assuré que, dans cette hypothèse, l'argent des contribuables ne serait plus mobilisé pour sauver les banques de la faillite. La fin du « too big to fail » qu'avait d'ailleurs catégoriquement affirmé, un peu plus tôt, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner. « La prise de conscience des effets dévastateurs de la finance telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui est réelle », se félicite Steve Ohana, professeur de finance et spécialiste de la gestion du risque. « L'aléa moral est devenu la principale source d'instabilité du système », précise l'expert, qui juge tout à fait crédible la volonté des autorités américains de « briser enfin l'équilibre de la terreur » du « trop gros pour faire faillite ». Le banquier Charles Henri Filippi, auteur du livre « l'Argent sans maître », relève également cette prise de conscience outre-Atlantique. « L'affaire Goldman Sachs a apporté un éclairage cru sur les pratiques de marché en démontrant que l'économie financière ne fonctionne pas comme l'économie des biens et services. » Chacun a bien évidemment ses idées de réformes. L'une des plus consensuelles est la création de chambres de compensation pour les marchés dérivés de gré à gré. La règle Volker visant à différencier activités pour compte propre et banque classique fait en revanche toujours débat. Mais l'objectif est désormais partagé : remettre les banques au service de l'économie et non plus d'elles-mêmes. « C'est bien cette dimension spéculative qui n'assure aucun service à l'économie et qui ne favorise même pas la liquidité des marchés qu'il faut remettre sous contrôle », avance Charles-Henri Filippi, qui reste cependant prudent sur la faisabilité des réformes proposées par l'administration américaine. Pour Steve Ohana, la réforme vise juste dans sa radicalité même : « Il est temps d'engager un mouvement de dégonflement de la sphère financière car nous sommes arrivés à un stade où l'intérêt des banques ne s'aligne plus sur celui de l'économie. » Ou du moins, sur celui des États-Unis, a indiqué, en substance, Barack Obama en évoquant des fondations sur des sables mouvants. Le président ne veut cependant pas inquiéter. Il veut, selon Dominique Moïsi, « rassurer » et donner « un sens » à sa réforme : promouvoir une économie plus saine et plus vertueuse. nAnalyse Éric Benhamou Éditorialiste à « La Tribune »Chaque semaine, « La Tribune » décrypte une phrase ou une citation qui marque un temps fort de l'actualité politique, sociale ou économique.Retrouvez les réactions de Dominique Moïsi, Charles-Henri Filippi et Steve Ohana sur « La Tribune numérique du samedi ».? LaTribune.fr onglet Le Quotidien? sur l'iPhone, onglet LE Quotidie

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