Pourquoi la transition énergétique va détruire des centaines de milliers d'emplois

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La décision annoncé lors de la conférence environnementale de mettre en œuvre en France une nouvelle politique de « transition énergétique » engage la France à long terme. Elle exigera des investissements financiers de plusieurs centaines de milliards d’euros d’argent public. Pour être actée cette décision aurait du prendre en compte trois niveaux d\'impacts sur l’emploi : − les emplois directs crées dans les filières nouvelles mais aussi les destructions induites dans les autres filières énergétiques ;− les emplois indirects, généralement ceux dans les branches sous-traitantes ;− les emplois induits ou détruits dans les autres secteurs.Concernant la filière de la production de l’électricité, Il faut regretter que l’idéologie aient pris le pas sur le rationalisme et l’impartialité lors du vote des lois du Grenelle de l’environnement. Sous la pression des syndicats patronaux concernés, ces lois ont mis en place des objectifs et des mécanismes financiers de soutien aux énergies renouvelables qui entrainent un coût faramineux pour la collectivité, notamment par le mécanismes de rachat de l’électricité par EDF a des prix garantis sans aucun rapport avec l’économie de marché. Cette politique énergétique du Grenelle n’a pas été centrée sur les économies d’énergie et l’ensemble de toutes les « énergies renouvelables » mais sur le développement massif du solaire et surtout de l’éolien qui a pour objectif à lui seul d’atteindre 25.000 mégawatts installés en 2020 c\'est-à-dire 15.000 éoliennes sur terre et plus de 1200 le long des côtes…En réalité ce programme a été décidé sans analyser ni sa faisabilité réelle ni ses conséquences sur l’augmentation du prix de l’électricité. Seuls ont été mis en avant les avantages des créations de nouveaux emplois « dits verts». Les destructions des autres emplois ont été soigneusement masquées. La décision du nouveau gouvernement de lancer le programme de « transition énergétique » qui amplifie les erreurs passées est une erreur majeure.Concernant la faisabilité de ce nouveau programme, la France s’est engagée dans une impasse. Le solaire et l’éolien ne sont pas des sources de production contrôlables. Il est impossible scientifiquement de remplacer des sources d’électricité permanentes et fiables par des productions intermittentes. Tant qu\'on ne saura pas stocker l\'électricité, des sources aléatoires ne joueront en réalité qu\'un rôle marginal et ne pourront jamais satisfaire 25 % des besoins de la France, ce qui est l\'objectif annoncé maintenant par le nouveau gouvernement. Ce programme est voué à un échec. Dans le cas exemplaire de l’éolien, les promoteurs ont en effet oublié de préciser que compte tenu de l’intermittence du vent, l’énergie éolienne doit être compensée par une électricité thermique au charbon, au gaz ou au pétrole génératrice d’émissions de gaz à effet de serre. L\'Allemagne cité comme exemple a les prix de l\'électricité déjà parmi les plus élevés d\'Europe. Pour sécuriser sa production électrique intermittente basée sur les éoliennes, ce pays essaye de sortir de ce piège en construisant le plus « discrètement possible » 23 centrales à charbon fortement polluantes.Concernant les emplois, le lobby industriel des énergies renouvelables s’est substitué à l’Etat Les chiffres mirifiques de création qui sont annoncés à longueur d’antenne reposent sur une définition floue et complaisante, permettant de comptabiliser n’importe quel emploi dès lors qu’il est susceptible de contribuer en partie à la sauvegarde de l’environnement. Ils ne prennent surtout pas en compte les destructions d’emplois induites.Les promoteurs d’énergies renouvelables se sont présentés non comme des businessmen, mais comme des ONG salvatrices de l’humanité. Or, les estimations faites par des organismes indépendants démontrent que ces emplois coûtent une fortune au contribuable. Pour certains, le chiffre serait même de 200.000 euros d’argent public par emploi créé, soit beaucoup plus que la valeur ajoutée tirée de ces mêmes emplois, ce qui se traduira automatiquement par des disparitions dans d’autres filières. . De plus, cette production d’électricité « renouvelable » est ultra-subventionnée et elle va, selon la Cour des Comptes, accroître de 30 % le prix de l\'électricité des consommateurs alors que plus de 4 millions d\'entre eux ne peuvent aujourd\'hui assumer la facture énergétique de leur habitation. Pour les industriels consommateurs d’électricité, elle va gravement pénaliser la compétitivité de la France c\'est-à-dire détruire bien plus d\'emplois que ceux qu’elle ne créera. Elle risque d’entrainer une augmentation des délocalisations vers des pays aux coûts de production plus compétitifs.D’autres analyses indépendantes confirment ces faits. L’impact sur l’emploi des mix électriques programmés par les nouvelles orientations gouvernementales (entre 2012 et 2015) implique des fortes hausses du prix de l’électricité et des conséquences très fortement négatives sur l’emploi. Certains prédisent même qu’à l’horizon 2030 ce seraient 140000 à 200000 emplois qui seraient détruits. L’Ademe, agence gouvernementale pourtant totalement inféodée aux promoteurs des énergies renouvelables, a également fourni des estimations sur les destructions d’emplois qui pourraient atteindre 85.000 pour les mêmes scénarios définis précédemment. Les résultats ne sont pas directement comparables mais ils vont dans la même direction.Un audit du prix de l’électricité est indispensableCe que montrent en réalité ces analyses macro économiques, c’est surtout que le prix de l’électricité est déterminant et que les chiffres d’emplois induits ou détruits sont d’un ordre de grandeur bien supérieur aux simples emplois directs créés. Comme le demande depuis 2 ans la Fédération Environnement Durable, le nouveau gouvernement devrait faire de toute urgence un audit concernant l’électricité en France depuis 10 ans. Dans le cas de l’éolien, il constaterait le bilan déplorable engendré par l’implantation des 4000 éoliennes actuellement sur le territoire. Il découvrirait que leur taux réel de fonctionnement est beaucoup plus faible que prévu, qu’elles ont engendré une forte dégradation de la balance commerciale et enclenché une augmentation catastrophique programmée du prix de l’électricité masquée dans les comptes d’ EDF.Le gouvernement semble avoir découvert le « pot aux roses » car il vient de lancer un chantier concernant les énergies renouvelables, dont d’après lui « le développement rapide pèserait de plus en plus sur les factures d\'électricité » (dépêche AFP du 21 septembre). Ce chantier vise à désamorcer la bombe à retardement que constitue pour les consommateurs la contribution au service public de l\'électricité (CSPE), une taxe prélevée sur les factures d\'électricité qui a déjà été doublée en deux ans. Et cette tendance va encore s\'accélérer dans les années qui viennent. Le régulateur du secteur, la Commission de régulation de l\'énergie (CRE) a également tiré la sonnette d\'alarme à de nombreuses reprises. EDF avait annoncé en juillet que le déficit cumulé de la CSPE avait encore gonflé de 700 millions d\'euros au premier semestre, atteignant un total de 4,5 milliards d\'euros. Une somme pour le moment à sa charge, mais que les consommateurs sont censés régler tôt ou tard, via de futures hausses de la CSPE. La décision d\'ouvrir ce chantier suit l\'une des recommandations d\'un rapport administratif publié en pleine conférence environnementale, qui avait jeté un pavé dans la mare en pointant l\'envolée du coût de l\'éolien et du solaire, et a été qualifié par leurs défenseurs de \"brûlot\". Selon ce rapport, le besoin de financement de la CSPE lié aux seules énergies renouvelables devrait atteindre 8 milliards d\'euros en 2020, ce qui nécessiterait d\'augmenter la taxe au-delà de 20 euros le mégawattheure, le double de son niveau actuel. Dans un contexte mondial de crise où la recherche de la compétivité de notre pays est une donnée vitale, il est difficile d\'imaginer une manière plus inadaptée que la poursuite de ce programme de « transition énergétique ». Souhaitons que gouvernement français actuel revienne à la raison.(*) Jean-Louis Butré est Président de la Fédération Environnement Durable qui regroupe 780 associations (http://environnementdurable.net) et Président d’EPAW (European Platform Against Windfarms), qui rassemble les 540 fédérations de 23 pays européens (http://epaw.org).

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