Climat : l'Europe tentée de favoriser ses entreprises

Comment vider de sa substance un grand plan européen destiné à lutter contre les changements climatiques ? Au vu des dernières propositions qui circulent dans les couloirs des instances européennes, on est en droit de se poser la question. À cet égard, la liste des secteurs industriels européens qui pourraient éviter d'être trop lourdement mis à contribution pour leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) est la plus emblématique. De quelques secteurs dans le projet initial de la Commission européenne, qui souhaitait ne pas pénaliser les entreprises concurrencées par les pays émergents échappant à toute contrainte environnementale, la liste s'est singulièrement allongée ces derniers mois. Au point d'atteindre 164 secteurs sur les 250 passés au crible. crédibilitéAu moins aussi inquiétant, dans le même temps, la France est en train d'adopter une taxe carbone dont tous les ménages devront en théorie s'acquitter mais dont les aménagements sont tels qu'ils en affaibliront notablement l'impact. C'est la crédibilité de l'Europe et de ses promesses qui est en jeu. Et, avec elle, le sort des difficiles négociations climatiques prévues à Copenhague en décembre. Le Conseil européen, qui doit adopter jeudi et vendredi le mandat de négociation de l'Union pour Copenhague, sera un premier test suivi avec attention.De l'ambition, l'Europe n'en a pas manqué. Il y a un an, elle a adopté son « paquet énergie-climat » pour 2020 qui prévoit notamment de baisser de 20 % voire 30 % ses émissions de GES. Mais aujourd'hui il s'agit de passer aux décisions concrètes. Sur la question clé du financement, « la commission Environnement du Parlement a proposé 30 milliards d'euros d'ici à 2020 pour assurer la transition à une économie sobre en carbone et aider les pays du Sud », explique à « La Tribune » Corinne Lepage, eurodéputé (Modem). Or « pour l'instant il n'y a rien derrière les objectifs affichés », dit-elle. Même constat pour l'eurodéputé Yannick Jadot (Europe Écologie) pour qui « les États membres sont en net retrait par rapport aux propositions de la Commission et du Parlement ». Toutes ces propositions sont en débat au sein des instances européennes. compromisL'objectif est de trouver des compromis si possible avant Copenhague pour que l'Europe y soit en position de force. Et aussi « permettre à la présidence suédoise de l'UE d'afficher un bilan plus présentable si la conférence climat se solde par un échec », analyse Damien Demailly, conseiller de Yannick Jadot. Mais au nom du temps qui presse, le Parlement est incité à ne pas éterniser les débats et à se montrer compréhensif. Outre la liste des 164 secteurs industriels, le débat porte sur le projet de directive qui doit définir les nouvelles normes énergétiques que devront respecter les bâtiments ainsi que l'ampleur de la rénovation du parc immobilier existant ; ou celui sur l'élargissement de la réglementation de l'« écodesign » qui a déjà abouti à l'interdiction des ampoules à incandescence ; ou encore sur l'étiquetage des produits selon leur niveau de consommation énergétique. Mais au total, même s'il y a urgence, l'Europe ne sera crédible à Copenhague que si elle tient ses promesses. n

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