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« Flammarion veille à éviter les faux pas dans le livre numérique »

La Tribune

Publié le 30 janvier 2011 à 22:28 - Mis à jour le 30 janvier 2011 à 22:28

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05 juin 2026

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STRONG>Flammarion a terminé 2010 sous le signe du succès avec le Goncourt attribué à Michel Houellebecq, le premier depuis trente ans pour la maison. Comment entamez-vous 2011 ?Avec la plus grande prudence. 2010 a été en effet une très bonne année, le Goncourt a fait le bonheur de la maison mais, avant et après, beaucoup de livres, beaucoup d'auteurs ont été fort bien accueillis. On a commencé de manière fracassante avec Élisabeth Badinter et son livre « le Conflit », qui a eu une résonance mondiale ; Jean-Christophe Rufin avec « Katiba », le deuxième volet de ses thrillers géopolitiques, et Laurent Seksik, avec « les Derniers Jours de Stefan Zweig ». Mais aussi « les Simpson » dont on a vendu plus d'un million d'exemplaires, ou encore les ouvrages de référence que sont ceux de Pierre Dukan et de Jean-Michel Cohen. On a fini l'année dans le chic frivole et sérieux de « la Parisienne » d'Inès de La Fressange qui connaît un succès grandissant. Une attention particulière, dans un groupe moyen et articulé, va à ce que tous les éléments qui le composent - de la littérature française et étrangère à la BD, à la jeunesse, au poche, à la diffusion et distribution - s'intègrent de manière harmonieuse. Ce qui veut dire que, quand l'un de ces segments fléchit, les autres doivent contribuer à la bonne santé de l'ensemble.Votre collection de poche J'ai Lu est-elle centrale dans le dispositif du groupe Flammarion ?Oui, la collection J'ai Lu, petite soeur du Livre de Poche, de Pocket et de Folio, s'est vigoureusement développée ces derniers temps. Elle avait, malgré ses best-sellers de fond, comme Anna Gavalda et Fred Vargas, un problème d'approvisionnement, en partie résolu aujourd'hui.Flammarion est-elle de nouveau une maison « à prix » ? Est-ce une stratégie ?Stratégie, c'est vraiment trop dire. Les prix font partie du panorama de la vie littéraire française. Les souhaiter pour nos auteurs me semble la moindre des choses. En revanche, Flammarion est, comme vous le savez, restée à l'écart très longtemps, et quand on veut faire bouger les lignes dans l'édition, c'est toujours un travail de longue haleine.Les prix ont-ils un impact à l'étranger ?Pas vraiment. « La Carte et le Territoire » avait déjà été vendu dans une quarantaine de pays avant le Goncourt. Et il m'est arrivé de constater que des livres primés par le Goncourt n'avaient pas été nécessairement traduits à l'étranger. La nouvelle fait des entrefilets dans la presse en Espagne, en Italie.Doit-on respecter les gènes de chaque maison ?On ne peut pas brusquer le catalogue d'une maison qui a une tradition. On ne peut pas décréter que l'on va faire une collection « sentimentale » dans un catalogue littéraire. Exactement comme il serait malvenu de publier des livres scientifiques dans une maison qui fait des guides de tourisme. Mais il faut veiller à enlever le superflu, à clarifier ses choix, à respecter les lignes en les mettant en valeur. Cela dit, c'est probablement valable pour toutes les entreprises.Quelle est votre stratégie pour le livre numérique ?Avec Gallimard et le Seuil, nous avons créé Eden dont chacun de nous possède un tiers. Cette société constitue une plate-forme numérique où chacune de nos maisons propose un catalogue de plus en plus riche (à la fin de l'année, le lecteur pouvait y trouver environ 5.000 titres.) Il s'agit d'investir avec méthode sur ce marché en développement et de veiller à éviter les faux pas qui vont souvent avec les nouvelles aventures. Comment se développe le marché ? Regarder aujourd'hui ce qu'il se passe aux États-Unis, et en général avec les livres de langue anglaise, ne donne pas nécessairement d'indication précise. Il est certain que les chiffres annoncés par les éditeurs américains par exemple, nous ne les obtiendrons pas de sitôt. Nous aimerions bien que quelques personnes compétentes dans nos maisons s'y consacrent à plein-temps, mais, tant que le chiffre d'affaires tournera autour de quelques dizaines de milliers d'euros, nous devons être circonspects.Le Sénat a adopté la baisse de la TVA sur le livre numérique à 5,5 %. La proposition de loi sur le prix unique du livre numérique, la hantise de l'industrie musicale, a été adoptée par le Sénat le 26 octobre... Vous impliquez-vous dans ces dossiers ?Oui, je suis ces dossiers et nous sommes solidaires, nous éditeurs français, de notre syndicat, et du président du SNE, Antoine Gallimard. Il nous a paru à tous évident que nous devions garder la maîtrise de nos prix et de nos taux.Est-ce que, dans le futur, il arrivera que les droits d'un livre se négocient à l'échelle mondiale ?Je ne le crois pas : l'hypothèse d'un agent qui négocierait avec un seul éditeur pour tous les pays est complètement absurde. Ce qui différencie le métier par rapport, par exemple, à la grande distribution de vêtements, c'est que les frontières de la langue sont très marquées. Et quand je parle de langues, je parle aussi d'habitudes culturelles qui ne se ressemblent presque jamais. Des succès « globalisés » comme « Harry Potter » ou « Twilight » sont très rares. Ils sont plus fréquents dans certains domaines comme la jeunesse, la fantasy et la science-fiction, où les racines sont moins exclusives. Internet favorise l'internationalisation du savoir mais n'intervient pas dans l'affirmation des goûts culturels.Vous avez déclaré : « Je n'ai pas envie de ?tripoter?? les textes ; ma responsabilité est de dire si j'aime ou pas tel texte, mais ça s'arrête là. » Aimez-vous contribuer à inventer des titres ?Beaucoup. Et je crois, l'expérience aidant, que comme pour les quatrièmes de couverture, j'ai un certain sens publicitaire. C'est une des facettes de notre travail, mais, reconnaissons-le, nous nous trompons tous souvent. Dans ces conditions, il vaut mieux se laisser guider par son goût, écouter ses convictions et ne pas céder à la facilité des consensus mous.Dans le monde de l'édition internationale, est-ce facile d'être une femme chef d'entreprise ?Depuis cinquante ans, être une femme est plutôt un atout. Partout, dans toutes les entreprises. Je mettrais quand même quelques conditions à cet optimisme parce qu'on a pris l'habitude de demander aux femmes, en plus de leurs compétences, un certain nombre de qualités. Si vraiment vous voulez savoir lesquelles, je dirai : l'endurance, le sens de la justice, une bonne santé nerveuse et un ego sous-développé.

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