Le Portugal doit sortir de l'euro : c'est le best-seller local de l'année qui le dit

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Si on jette un œil sur la liste des meilleures ventes de livres de n\'importe quel pays européen, on trouve quasi-immanquablement la série des best-sellers britanniques porno-chics « 50 nuances... » Mais, au Portugal, un autre livre s\'est invité dans ce classement. Son titre : « pourquoi nous devons sortir de l\'euro » (Porqué Devemos Sair do Euro). 7.000 exemplaires de cet ouvrage écrit par un professeur d\'économie de l\'université technique de Lisbonne de 64 ans, Joao Ferreira do Amaral ont été vendus, ce qui est énorme pour le marché lusitanien. Une quatrième édition a été mise sous presse...Gagner aisément de la compétitivitéDans ce livre, l\'économiste défend l\'idée que l\'entrée du Portugal dans l\'euro n\'a pas été le choix du peuple portugais (il n\'y a pas eu de référendum au Portugal en 1992 sur le traité de Maastricht), mais celui de ses élites. Ce choix n\'était pas adapté à la situation de l\'économie portugaise et la tourmente financière dans laquelle s\'est enfoncé le Portugal depuis 2010 en est, selon lui, la preuve éclatante. Suit une démonstration pour prouver qu\'une sortie du Portugal de la zone euro est possible et souhaitable.Selon Joao Ferreira do Amaral, la dévaluation du nouvel escudo qui suivra la sortie de l\'euro permettra de relever rapidement la compétitivité du pays et de réaliser rapidement ce que les deux derniers gouvernements s\'échinent à réussir depuis trois ans à coup de coupes budgétaires et de « réformes structurelles. » Il ne cache pas que sa proposition qui entraînerait une dévaluation de 15 % et une inflation de 20 % ne soit par ailleurs douloureuse, mais elle offrirait des possibilités de développement que la participation à la zone euro ne permet pas d\'utiliser aujourd\'hui.« Persister dans une attitude suiviste face à l\'Europe - attitude qui était déjà inadéquate lorsque l\'Europe fonctionnait bien, mais qui devient incompréhensible quand l\'Europe se transforme en un espace d\'exercice du pouvoir allemand - serait non seulement inadapté, mais positivement une erreur et le Portugal mérite mieux », conclut l\'auteur.Une situation politique difficileLe succès de ce livre est certes peu étonnant au regard de la situation du Portugal, un pays qui a demandé une aide financière de 78 milliards d\'euros au FMI et à l\'UE à l\'automne 2010. Le PIB a reculé de près de 13 % depuis, le chômage frôle les 15 % de la population active et les perspectives de redressement de l\'économie sont très faibles, malgré des chiffres de déficit public et d\'exportations encourageants.Au premier trimestre 2013, le PIB portugais a ainsi connu la plus forte baisse de l\'ensemble de l\'UE avec un recul de 1,8 % par rapport au trimestre précédent. Le Portugal a, du reste, été secoué par de nombreuses manifestations ce printemps quand près de 10 % de la population étaient descendus dans la rue. Pour autant, l\'attachement à l\'euro est resté un élément assez fort dans la société lusitanienne. Le dernier sondage sur la question, qui date néanmoins d\'il y a un an, précisait que 72 % des Portugais ne souhaitaient pas quitter l\'Union économique et monétaire.Une classe politique encore très europhileIl est vrai qu\'à l\'exception de l\'extrême-gauche, la classe politique portugaise demeure très favorable à l\'euro et a fait une très mauvaise réception de cet ouvrage. Les Sociaux-démocrates de centre-droit au pouvoir ont fait du retour du Portugal sur les marchés leur priorité et ils ont tenu à remplacer les mesures d\'économies censurées en avril par la cour constitutionnelle à hauteur de 1,3 milliard d\'euros. Selon les derniers sondages de ce mois de mai 2013, la poussée des partis eurosceptiques est assez faible : les Communistes sont donnés à 9,5 %, soit 1,5 point de plus qu\'en 2011 et le Bloc de gauche, qui regroupe plusieurs formations d\'extrême-gauche, est donné à 7 % contre 5 % en 2011. On est loin des raz-de-marée de Syriza en Grèce ou de Beppe Grillo en Italie. Néanmoins, le succès de ce livre montre combien le Portugal s\'interroge sur sa place actuelle dans l\'Europe. 

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