« Ernest Cole, photographe », « Le Déluge », « My Sunshine »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol

« Ernest Cole, photographe » de Raoul Peck sort en salle mercredi 25 décembre.
LTD/ Ernest Cole
Aurélien Cabrol

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LTD/ Ernest Cole
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Le titre original anglais, Ernest Cole : Lost and Found (Ernest Cole : perdu et retrouvé) résume parfaitement la démarche de son auteur, Raoul Peck, dans le droit fil de ce qu'il avait entrepris à propos de l'écrivain noir américain James Baldwin dans son précédent documentaire, I Am Not Your Negro (2016). Né à Port-au-Prince en 1953, Peck fut d'abord photographe et journaliste, avant de devenir réalisateur de fictions et de documentaires.
Mais il occupa également les fonctions de ministre de la Culture de la République d'Haïti de 1996 à 1997 et, plus tard, celles de président de la Fémis, la prestigieuse école française de cinéma, durant neuf ans. C'est dire si son parcours récuse toute idée de neutralité pour au contraire refléter un engagement résolument politique. Il pourrait ainsi reprendre à son compte la phrase du photographe sud-africain du siècle passé Ernest Cole, qui figure en exergue du film qu'il vient de lui consacrer : « L'homme total ne vit pas qu'une seule expérience. » C'est d'ailleurs l'une des singularités de son film, qui mêle habilement et étroitement notations personnelles et approches objectives.

Ernest Cole, photographe, de Raoul Peck. (Crédits : LTD/ Ernest Cole).
Peck n'hésite pas à se faire le porte-parole de Cole en disant un texte écrit à la première personne. Mais qui donc était ce reporter-photographe ? Il fut tout simplement le premier à dévoiler au monde entier les horreurs absolues de l'apartheid sud-africain. Ayant fui son pays natal en 1996, il publie en 1967 à New York le livre House of Bondage (« la maison des servitudes »), alors qu'il n'est âgé que de 27 ans.
Mais ce livre est immédiatement interdit en Afrique du Sud et Cole devint alors un apatride, vivant solitaire aux États-Unis et sans jamais y trouver ses repères. Il y meurt en 1990, abandonné de tous et sans avoir revu l'Afrique du Sud. Bien des années plus tard, en 2017, plus de 60 000 négatifs et photos, inédits pour la plupart, sont « découverts » dans une banque suédoise par le propre neveu de Cole. Ce fut le début de la réhabilitation du photographe de l'apartheid.
Raoul Peck s'est totalement investi dans cette enquête, détaillant certaines photos, les recadrant pour insister sur tel ou tel détail, dressant ailleurs des comparaisons entre l'Afrique et l'Amérique. Il tente ainsi une nouvelle fois de répondre à une question qui le hante et traverse chacun de ses films documentaires : « Comment survivre à l'Occident ? » Une interrogation qui fait évidemment écho au parcours de Cole lui-même et à son travail à la fois politique et intime, social et affectif.
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Le message qui émerge alors du film est on ne peut plus limpide : même séparées par des milliers de kilomètres, les victimes ont la même couleur de peau. C'est d'ailleurs ce questionnement qui a conduit Raoul Peck à inscrire Ernest Cole comme « coscénariste » du film, ce qu'il ne peut être dans la réalité. Un choix radical à l'image d'un film sans concession ni renoncement.
Ernest Cole, photographe, de Raoul Peck. 1h46. Sortie mercredi.
Cet homme-là fait tout : réalisateur, scénariste, photographe et monteur. Le cinéaste japonais Hiroshi Okuyama, après Jésus, son premier et remarqué long- métrage en 2019, confirme avec My Sunshine son statut d'artiste tout aussi singulier que doué. Cette fois, il raconte l'histoire de Takuya, un préado qui bégaie de timidité et, alors même que le sport le laisse indi érent, tombe en admiration devant Sakura, une patineuse presque aussi jeune que lui.
S'ensuit, sous l'égide de l'entraîneur, un savoureux récit d'initiation tout à la fois sportive et sentimentale qui évite tous les clichés du genre ainsi que la mièvrerie qui peut souvent aller de pair sur grand écran. Et le cinéaste de prêter une grande attention au patinage artistique lui-même : les exercices sur glace et sur fond de Debussy sont filmés avec intensité et élégance, prenant en compte les inévitables maladresses d'un sportif débutant mais très motivé.

My Sunshine, de Hiroshi Okuyama, avec Keitatsu Koshiyama, Kiara Nakanishi. (Crédits : LTD/ BOKU NO OHISAMA Production Committee/COMME DES CINEMAS).
Okuyama tire d'ailleurs le meilleur de ses acteurs amateurs, qui évoluent dans le cadre hivernal de l'île nippone de Hokkaido, aux charmes indéniables et parfaitement rendus à l'écran. Et puis un scénario particulièrement habile vient rompre à un moment donné ce fragile équilibre de bonheur partagé, en faisant surgir contre les protagonistes les préjugés, les hypocrisies et les non-dits de la rugueuse société japonaise. Pour autant, le cinéaste ne cède en rien aux sirènes trop faciles du rebondissement retentissant, et le film garde jusqu'au bout sa grande rigueur et sa profonde maîtrise.
My Sunshine, de Hiroshi Okuyama, avec Keitatsu Koshiyama, Kiara Nakanishi. 1 h 30. Sortie mercredi.
Le Déluge : le réalisateur italien Gianluca Jodice a choisi un titre parfaitement explicite pour donner sa version de la mort de Louis XVI. Certes, il pleuvait des cordes à Paris le jour de l'exécution du monarque. Mais il faut manifestement entendre ce « déluge » au sens métaphorique, car le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film fait la part belle à l'Ancien Régime.

Le Déluge, de Gianluca Jodice, avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent. (Crédits : LTD/Fabio Lovino).
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Le Déluge, de Gianluca Jodice, avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Vidal Arzoni. 1 h 41. Sortie mercredi.
Aurélien Cabrol
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