Louboutin, Diptyque, Van Cleef, Hennessy... Ces pépites françaises qui ont conquis les États-Unis
Pourquoi les Américains s’enthousiasment-ils pour l’art de vivre à la française ? Au fil de l'exposition immersive « Hidden Treasures » à New York, le Comité Colbert réunit 65 maisons et institutions, mettant en avant leur patrimoine artistique, culturel et artisanal entre la France et les États-Unis.
Une expo immersive et totalement inédite portée par le Comité Colbert via 65 maisons de luxe et institutions culturelles françaises venues célébrer 250 ans de dialogue artistique, culturel et artisanal entre la France et les États-Unis.
LTD/David Filipponi
Louboutin, Diptyque, Van Cleef, Hennessy... Ces pépites françaises qui ont conquis les États-Unis
C’est l’événement « soft power » qu’il ne fallait pas rater. Le 26 mai, le New York du luxe et de la culture se pressait au Shed, l’impressionnant centre culturel du quartier d’Hudson Yards, pour le vernissage de « Hidden Treasures ». Une expo immersive et totalement inédite portée par le Comité Colbert via 65 maisons de luxe et institutions culturelles françaises venues célébrer 250 ans de dialogue artistique, culturel et artisanal entre la France et les États-Unis.
« Nos maisons explorent régulièrement leur patrinew-yorkmoine mais plus rarement en lien avec un pays, explique Bénédicte Épinay, déléguée générale du comité. Nous avons eu l’idée de leur demander de consulter leurs archives américaines. Toutes ont été étonnées par leur richesse et très enthousiastes à l’idée de les présenter. Nous réunissons 65 maisons et institutions. Du jamais-vu! »
Au fil de cette plongée, on passe des médailles Libertas Americana commandées à la Monnaie de Paris par Benjamin Franklin pour célébrer l’indépendance américaine aux montres Breguet rendant hommage aux aviateurs du premier vol Paris-New York. On admire les services à thé Ercuis des traversées transatlantiques, les images de Marilyn sublimant le N° 5 de Chanel, ou encore cette réplique du module lunaire réalisée par Cartier et offerte aux trois astronautes de la mission Apollo 11, qui a vu des êtres humains marcher pour la première fois sur la Lune.
Ces pièces signent le rayonnement français mais ce sont d’abord des histoires d’amitié qui se révèlent. Jackie Kennedy y occupe une place centrale, apparaissant au fil des images dans un somptueux manteau rose signé de son ami le couturier Hubert de Givenchy ou utilisant un briquet Dupont en or gravé à ses initiales et offert par André Malraux.
Mais le moment le plus émouvant de l’exposition reste sans doute l’extraordinaire image de Fred Astaire au château de Versailles, dansant sur des tréteaux devant une assemblée de 3 000 GI le 10 septembre 1944, au lendemain de la libération de Paris.
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« Si les Américains ont été fascinés par nos savoir-faire, assure Benedicte Épinay, les maisons françaises sont venues ici en quête de succès. Elles ont utilisé la puissance des États-Unis comme une chambre d’écho qui leur permettait, en retour, d’accroître leur prestige en France et dans le monde. » L’analyse vaut encore aujourd’hui puisque le marché américain reste le plus important pour la France (48,5 milliards d’euros d’exportations en 2025), en dépit des aléas géopolitiques.
Mieux encore, des marques plus contemporaines (Diptyque, Messika, Louboutin…) s’inscrivent dans ce sillage avec le même succès, usant de cette alliance pour conforter la France dans son rôle historique et de référence ultime de savoir-faire, d’élégance et de création.
Hennessy – Le cognac de l’indépendance
Cette passion américaine est née grâce au français Richard Hennessy, qui fonde en 1765 sa maison de cognac. (Crédits : LTD/David Filipponi)
Les inconditionnels du Chelsea Hotel ou du Standard à New York ne jurent que par ce cocktail, le Manhattan. En revanche, peu savent que cette passion américaine est née grâce au français Richard Hennessy, qui fonde en 1765 sa maison de cognac.
Fasciné par la guerre d’indépendance américaine et décidé à s’engager pour la future démocratie, il envoie des caisses de cognac pour soutenir le moral des soldats. On le devine, le succès est immédiat !
L’Amérique rebaptisera le cognac qui devient le brandy, devenu l’une des boissons les plus prisées du pays. Et les États-Unis sont aujourd’hui encore l’un des principaux marchés d’Hennessy, qui a par ailleurs signé en 2020 un partenariat avec la NBA, premier championnat de basket au monde, suivi par des millions de fans à travers la planète.
Chanel – La haute couture d’Hollywood
Dans les années 1930, Gabrielle Chanel révolutionne le vestiaire féminin avec ses lignes pures et ses silhouettes en mouvement. Invitée en 1931 à Hollywood par Samuel Goldwyn, elle signe les costumes de trois films en deux ans et habille notamment Gloria Swanson dans Cette nuit ou jamais.
Pour le défilé de sa collection Métiers d’art 2026, le directeur artistique de la maison, Matthieu Blazy, a rendu hommage à l’actrice avec un manteau qui reprend le motif de l’affiche du film. À l’image des dernières collections de Matthieu Blazy aux États-Unis, celle-ci devrait rapidement être sold out.
Van Cleef – La passion Balanchine
Clip danseuse de Van Cleef & Arpels. (Crédits : LTD/Van Cleef & Arpels Collection)
Superstar outre-Atlantique depuis 1900, Van Cleef & Arpels imagine dans les années 1940 une série de clips ballerine aux délicats entrechats qui fascineront George Balanchine. Le cofondateur du New York City Ballet s’en inspirera en 1967 pour Jewels, l’une de ses chorégraphies les plus célèbres.
En 2007, pour fêter les 40 ans du Ballet, la maison imagine la collection Ballet Précieux, enrichie cette année de 12 nouveaux clips ballerine (Fée Dragée, Castilla…) qui affolent toujours les Américaines. Pour prolonger l’histoire, le joaillier organise désormais à New York le festival annuel Dance Reflections, l’un des rendez-vous majeurs de la danse contemporaine.
Saint-Louis – Les traversées transatlantiques
Le musicien Louis Armstrong. (Crédits : LTD/Library of Congress Prints and Photographs Division)
Dans les années 1960, le paquebot France, qui rallie New York au Havre, se veut un symbole du luxe français avec, dans ses salles à manger des verres en cristal Saint-Louis qui possèdent un pied lesté pour affronter les éventuelles tempêtes.
Baptisée Jersey en hommage à l’État du New Jersey, face au port de New York, la collection est offerte en 1961 au couple Kennedy lors d’un voyage à Paris. Largement utilisé lors des dîners à la Maison-Blanche, Jersey devient l’un des symboles de l’American way of life. Pour les 250 ans de l’indépendance des États-Unis, la maison vient de rééditer trois modèles de la collection.
Le saxo Selmer – L’âme de Harlem
Sonny Rollins, Lester Young, John Coltrane, Coleman Hawkins… Tous les jazzmen de Harlem ont choisi les mêmes saxophones pour interpréter les standards de légende ; ceux de l’atelier créé sur les hauteurs de Montmartre en 1885 par Henri Selmer.
La marque accompagne désormais une nouvelle génération de musiciens qui plébiscitent le modèle nommé Supreme en hommage au morceau A Love Supreme de Coltrane, toujours en tête des ventes de la maison. Une incroyable saga saluée en 2024 par le New Yorker dans un texte de l’écrivain Chris Almeida en hommage au Selmer historique, « The Legend of the Selmer Mark VI ».
Diptyque – Les bougies de « Sex and the City »
En 2001, la bougie Baies apparaît plusieurs fois dans Sex and the City, choisie par les réalisateurs de la série qui adorent le côté pop culture de la maison. Rebaptisée la « bougie Carrie Bradshaw » en l’honneur de l’héroïne, elle a contribué à faire de Diptyque l’une des marques les plus vendues aux États-Unis.
Papillon en cristal et chaussure de Cendrillon version Louboutin, en collaboration avec Disney. (Crédits : LTD/Cécile Burban/Louboutin/Disney)
Collaborateur de Disney depuis près de 25 ans, Christian Louboutin offre des interprétations pleines de fantaisie des contes les plus célèbres. En 2012, il a transformé la pantoufle de bal de Cendrillon en un soulier strassé, orné de papillons incrustés de pierres multicolores avec un talon haut piqué de cristaux, le tout sur des semelles évidemment rouges.
Autant de créations qui ont participé à populariser les fameux escarpins, immortalisés par la série Sex and The City et portés par Beyoncé, Taylor Swift ou Ariana Grande, ce qui assurait encore à la maison une croissance à deux chiffres en 2025.