Il est des mots que nul n'ose prononcer. Dans la saga Harry Potter, c'est « Voldemort ». Au Centre Pompidou, c'est « fermeture » - on préfère parler de « métamorphose ». « Fermer le bâtiment central du Centre Pompidou, ouvert depuis 1977, est une nécessité mais ne se fait pas, pour nous et pour le public, de gaieté de cœur ; c'est pourquoi nous préférons le terme "métamorphose", explique Jeanne Brun, la directrice adjointe du musée national d'Art moderne. D'autant que nous allons nous déployer dans de nombreux autres lieux, en France et à l'international. »
Si une partie des 145 000 œuvres des collections continuera à être diffusée, il va tout de même falloir vider les six étages du site, dont les 2 000 œuvres exposées dans les niveaux 4 et 5. Un défi inédit. « Avant de décrocher une œuvre, les restaurateurs doivent établir un constat d'état », indique Céline Makragic, attachée de collection et responsable du niveau 5. Une étape qui peut se révéler complexe, comme dans le cas du Mur de l'atelier d'André Breton ; ses 255 objets nécessitent l'expertise d'un spécialiste du Muséum d'histoire naturelle pour inspecter les éléments en os ou en plumes ou les petits mammifères empaillés.
Puis viendra le décrochage, autre casse-tête. Pierre-Emmanuel Potey, attaché de collection responsable du niveau 4, pense aux pièces monumentales comme le Jardin d'hiver de Jean Dubuffet, une caverne bicolore aux parois cabossées, fabriquée en résine époxy ; ou encore au salon Agam, une installation d'art cinétique réalisée au début des années 1970 pour les appartements privés de Georges Pompidou, à l'Élysée.