Qui a eu cette idée folle, un jour de créer Nicky Doll ? C'est Karl Sanchez. Marseillais de naissance mais qui, à 5 ans, débarque seul avec sa mère aux Caraïbes sur l'île de Saint-Martin, puis part pour Tanger, au Maroc, pays où l'homosexualité est - toujours - punissable d'emprisonnement. C'est seulement à 18 ans, lorsqu'il emménage à Paris, qu'il découvre que le gamin qui avait tant aimé se déguiser en Superman aurait ce besoin d'exulter sa féminité pour affirmer sa masculinité.
Aujourd'hui, à 33 ans, Karl est le plus accompli des hommes grâce à sa créature insolente et insoumise. Car si Nicky Doll est la première drag-queen française à avoir participé à l'émission RuPaul's Drag Race* aux États-Unis et qu'elle excelle depuis trois saisons en présentatrice de la version française sur France 2, elle est la cible idéale de ceux qui crient haro sur ce qu'ils ont pris pour une représentation de la Cène, la jugeant blasphématoire au soir de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris.
Mais malgré ce déferlement de haine, voire d'accusations de pédophilie, Karl privilégie un discours humaniste plutôt qu'une réponse agressive. Alors, trois mois après toutes ces polémiques, c'est assez chouette de rencontrer celui qui se cache derrière Nicky Doll, celui qui œuvre pour changer des mentalités parfois trop étriquées.
Que représente Nicky Doll pour vous ?
Au début, Nicky était la version idéale de Karl. Sûre d'elle, drôle, dragueuse, un peu pimbêche... Avec elle, j'étais Superman et, une fois démaquillé, Clark Kent. Puis elle m'a appris à devenir un homme, car toute cette énergie, cette créativité, cette féminité en elle m'ont aidé à affirmer une masculinité, voire une virilité lorsque je ne suis pas en drag. Elle est comme une armure car ce personnage, ce n'est pas vraiment moi. Aujourd'hui, Nicky est ce que je fais et Karl est qui je suis.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel