Les camionnettes aux couleurs des candidats sillonnent une dernière fois les rues, musique à plein volume. Les bureaux de vote ont ouvert avenue Tigran Mets, tandis que les affiches de campagne recouvrent encore les façades. Après un mois de mobilisation, Gyumri vote. Et, ici, les législatives arméniennes de ce dimanche 7 juin prennent une résonance particulière : celle du bilan social.
Ces dernières années, Gyumri a joué un rôle important dans l’évolution politique du pays. C’est dans cette ville du Nord-Ouest que le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, avait lancé en 2018 sa marche vers Erevan, prélude à la « révolution de velours » qui le porta au pouvoir. Huit ans plus tard, la deuxième agglomération arménienne porte toujours les stigmates du séisme de 1988, mais aussi celles de la désindustrialisation post-soviétique.
Les immeubles éventrés sont toujours là, les usines désaffectées aussi. La population, elle, attend encore les effets concrets de la rupture annoncée par son Premier ministre, qui reste malgré tout le favori des sondages. Dans cette région du Shirak, près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, chiffre quasiment inchangé depuis huit ans.
Des départs vers l’étranger
À la sortie de la ville, Narine vit avec son mari et ses deux fils dans un conteneur installé après le séisme il y a près de quarante ans. Près de 2.500 personnes habiteraient encore ces domiks, « logements » provisoires devenus permanents. À l’intérieur, un poêle à gaz, quelques tapis, un aquarium. La famille a aménagé l’espace comme elle peut. Un relogement reste hors de portée : environ 35.000 dollars l’appartement pour quatre personnes.