LA TRIBUNE DIMANCHE — On vous présente désormais, vous et Mistral AI, comme l’un des chefs de file de la résistance européenne face aux géants américains de l’IA. Est-ce là votre véritable « raison d’être » ?
ARTHUR MENSCH — Notre raison d’être est avant tout technologique : nous développons une technologie que nous voulons apporter à l’industrie mondiale. S’il est vrai que les trois quarts de nos revenus sont aujourd’hui réalisés en Europe, nous nous définissons comme une entreprise d’infrastructure technologique opérant depuis le continent. L’une des rares de ce secteur dans cette zone géographique. Cela fait-il de nous pour autant le « chef de file de la résistance en Europe » ? Ce serait nous faire beaucoup d’honneur de nous qualifier ainsi. Le terme de résistance relève plutôt d’un concept politique, alors qu’une entreprise demeure avant tout un objet économique.
L’Europe est souvent jugée comme étant en retard face aux États-Unis et à la Chine dans ce secteur crucial. Partagez-vous ce constat ?
Non. Je pense même que ce récit est assez faux, notamment en ce qui concerne les talents et les compétences, très abondants en Europe. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que l’écosystème technologique européen est plus récent, puisque les Américains se sont lancés avant nous. Ils ont ensuite déployé leur technologie en Europe, un bloc qui s’est longtemps conçu d’abord comme un continent de consommateurs. D’où un décalage : les flux commerciaux partant d’Europe sont réinvestis en recherche et développement aux États-Unis ou en Chine, plutôt que chez nous.