« Un pied en Bretagne, un pied dans le reste du monde » : L’éternelle jeunesse d’Alan Stivell

Alan Stivell en concert aux fetes nautiques de Brest 2024 le 16 juillet 2024
LTD/JM Roignant/ANDBZ/ABACAPRESS

Alan Stivell en concert aux fetes nautiques de Brest 2024 le 16 juillet 2024
LTD/JM Roignant/ANDBZ/ABACAPRESS
Il a chanté avec Kate Bush ; Hugo Pratt l’a dessiné avec sa harpe dans une BD de Corto Maltese ; un astéroïde porte même son nom depuis l’an 2000. « Un honneur et une joie : à 8 ans, j’étais déjà fasciné par les voyages interstellaires », confie Alan Stivell, dont l’étoile continue de scintiller sur la planète musique après soixante d’une carrière entamée avec Telenn Geltiek – Harpe celtique, un album précurseur qui allait redonner ses lettres de noblesse à cet instrument ancestral tombé en sommeil et ressuscité au début des années 1950 par son père ébéniste. Loin de se reposer sur ses lauriers, le barde breton a choisi de célébrer cet anniversaire sur scène avec sa tournée Liberté, lancée en dernier avec des escapades en Espagne et au Portugal.
Après trois soirées à guichets fermés la semaine dernière en Irlande, Alan Stivell retrouve aujourd’hui l’Olympia. Une salle qu’il connaît bien. En 1957, l’enfant prodige y donnait son premier concert en première partie de Line Renaud. « J’avais 13 ans et je n’avais pas levé les yeux vers le public tellement j’étais impressionné, se souvient l’intéressé. La scène me paraît beaucoup plus petite aujourd’hui. »
Il garde également un souvenir précis de sa prestation donnée vingt ans plus tard, le 28 février 1972, toujours à l’Olympia. « Ce fut le moment clé, totalement improbable pour tout le monde, moi compris : ma rencontre avec le grand public français après des décennies voir des siècles d’ostracisme contre la langue, la culture et la musique bretonnes », analyse Alan Stivell, toujours habité à 82 printemps par « la hargne de s’améliorer et de défricher le chemin ».
Il le prouve avec brio sur scène, toujours armé de son chant vibrant et de sa harpe high-tech dessinée par ses soins. « Grâce au système Midi, je peux piloter en direct d’autres sons, comme sur un clavier », souligne ce passionné de technologie et de science-fiction. Épaulé par un groupe de dix musiciens, il revisite avec pertinence ses classiques, de Tri martolod à Ar voraerion en passant par Pop plinn, considéré comme l’acte fondateur du « rock celtique ». Il jouera également son dernier single, The First Time I Ever Saw Your Face, une chanson d’Ewan MacColl interprétée par Marianne Faithfull en 1966. « Son album North Country Maid m’avait ému au plus profond. Une beauté sensuelle qui transpirait de sa voix, et son physique ne gâchait rien. »
Au menu également de son tour de chant, des extraits de sa Symphonie celtique (sous-titrée Tir na nÓg, « terre de l’éternelle jeunesse » en gaélique) composée en 1979. « J’avais commencé un embryon à 14 ans. Puis mon rêve était de rassembler dans une œuvre, en gardant la Celtie au centre, le reste du monde autour. Je n’ai jamais entendu de projet similaire : une dizaine de langues, la plupart minoritaires, des influences allant du classique au jazz-rock en passant par les musiques indiennes, africaines, asiatiques, avec même déjà une touche d’électronique. »
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Sa tournée bouclée, il compte bien finaliser sa « symphonie 2.0 » pour 2027. Sans oublier un documentaire sur l’archipel celte qui sera diffusé, précise-til, sur des chaînes françaises, italiennes, espagnoles, irlandaises… Toujours fidèle à son mantra : « Un pied en Bretagne, un pied dans le reste du monde. »