« Je suis un danger pour moi-même » (Amélie Nothomb, romancière)
Joséphine Simon-Michel
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Amélie Nothomb, romancière belge.
Jean-Baptiste Mondino
Joséphine Simon-Michel
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Amélie Nothomb, romancière belge.
Jean-Baptiste Mondino
Elle nous accueille personnellement dans son bureau, au cœur de sa maison d'édition. Chez Albin Michel, elle est comme chez elle. Souvent elle y arrive la première, après ses quatre heures d'écriture quotidiennes. Là-bas, Amélie est un peu tout-terrain. Distribution de courrier, réception des colis, voire réparation d'un problème de plomberie. Amélie les bons tuyaux, certes, mais une Amélie qui se noie dans l'écriture pour ne pas sombrer. Parce que, depuis le viol collectif dont elle a été victime à 12 ans sur une plage du Bangladesh, elle est envahie par une présence hostile en elle. Une présence qui l'a contrainte à créer un surmoi colossal pour tenter de cohabiter avec ses vieux démons.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Votre surmoi, c'est l'écriture ?
AMÉLIE NOTHOMB - L'écriture est certainement une grâce pour moi, d'autant plus que je vis en tyrannie. Je crois que personne n'accepterait de vivre comme je vis. Personne n'accepterait de se réveiller à 4 heures tous les matins, sans exception. Malade, pas malade, gueule de bois, pas gueule de bois, chagrin d'amour, pas chagrin d'amour. Aucune dérogation n'est possible.
Pourquoi êtes-vous aussi dure avec vous ?
Parce que je suis un énorme danger pour moi-même et que l'unique façon pour cohabiter avec ce danger sans m'effondrer, c'est de m'imposer cette espèce de régime dictatorial.
Votre grand-mère n'a cessé de vous balancer : « J'espère que tu es intelligente, parce que tu es tellement laide ! »
Cette phrase me hante quotidiennement. Chaque fois que je me vois dans le miroir, c'est toujours la même réaction. Mais j'ai appris à m'accepter, et surtout à ignorer le regard des autres.
D'où cette fascination pour la laideur ?
À lire également
Probablement. Je me suis longtemps vue comme une monstruosité de la nature. Et, comme j'étais tétanisée par ma propre laideur, je n'osais pas sortir de chez moi. Alors de voir se balader dans les rues des gens qui objectivement sont très laids, je trouve ça admirable. Je me dis « voilà quelqu'un qui a quelque chose à nous apprendre ».
Joséphine Simon-Michel
Olivier Faure, une « pré-primaire » pour contraindre Glucksmann. La chronique politique de Pierre Lepelletier
Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin soigne sa gauche
Ces macronistes bientôt arrimés à Pécresse
« Un patron de département ou de région est dépressif à son arrivée au Sénat » : l’avertissement de Philippe Tabarot à Renaud Muselier