La semaine dernière au Festival du cinéma américain de Deauville, Francis Ford Coppola rendait un touchant hommage public à sa femme, Eleanor, disparue en avril. Il était tombé amoureux d'elle à Deauville justement, soixante-deux ans plus tôt. Rencontré cette semaine dans un palace parisien, le génial cinéaste de 85 ans ne se déplace plus sans sa canne mais arbore toujours ses facétieuses chaussettes dépareillées, l'une bleue, l'autre verte avec des petits personnages jaunes.
Original dans sa tenue, le réalisateur culte de la saga du Parrain (1972, 1974, 1990), d'Apocalypse Now (1979) ou de Dracula (1992) l'est aussi dans son discours : volubile, il vient présenter Megalopolis, un film ambitieux qu'il mûrit depuis les années 1980. Dans ce péplum futuriste situé dans un New York transfiguré en Rome antique ravagé par les jeux de domination, les trahisons et un pouvoir corrompu, on assiste à l'affrontement entre un maire garant de l'ancien monde décadent et un architecte utopiste. Avec ce film démesuré, foisonnant et controversé, Coppola enchaîne les symboles philosophiques et dépeint une civilisation en danger et à un tournant de son histoire. Entretien.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Que représente Megalopolis dans votre filmographie ?
FRANCIS FORD COPPOLA - J'ai fait des films très différents : les Parrain ont un style classique, Apocalypse Now montre un monde fou, presque théâtral... Après L'Idéaliste [1997], j'ai voulu faire une pause qui a duré dix ans, pour découvrir qui j'étais vraiment et quel était mon style. Le grand cinéaste Ozu s'était découvert un style magnifique avec l'âge et avait réalisé des chefs-d'œuvre ; pouvais-je faire pareil ? À la fin de cette période de réflexion, j'ai eu envie de réaliser une épopée romaine hybride et folle en la transposant dans l'Amérique moderne. Car Megalopolis est devenu réalité : l'Amérique, comme Rome, est peut-être sur le point de perdre sa république et de se retrouver avec... quoi ? Un roi, un dictateur ?
Propos Recueillis Par Charlotte Langrand