Le boom du parcellaire, entre vins d'exception et cuvées grand public
Anne-Charlotte De Langhe et Victor Coutard

Les cuvées parcellaires offrent une expression unique et authentique du terroir.
latribune.fr
Anne-Charlotte De Langhe et Victor Coutard

Les cuvées parcellaires offrent une expression unique et authentique du terroir.
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À Saint-Estèphe, il y a presque dix ans, le Château Cos d'Estournel voyait naître une perle rare : Cos100. Issu exclusivement des raisins vendangés par le grand cru classé sur la « Parcelle des Femmes » - pour rendre hommage à celles qui sauvèrent le vignoble bordelais durant la Première Guerre mondiale -, ce merlot historique ne donna que deux barriques. Une centaine de doubles magnums et une dizaine de balthazars frappés du millésime 2015 tapèrent alors dans l'œil de collectionneurs ou d'heureux élus. On ne trouve désormais plus de ces raretés qu'aux enchères, ou presque.
Pouvoir glisser dans un flacon toute la quintessence d'un domaine, ce qui en fait le plus pur reflet, la plus fidèle photographie, relève encore et toujours du rêve ultime pour un vigneron. Car, à la différence d'une cuvée dite « d'assemblage » (mélange de différents cépages ou de grappes récoltées en plusieurs endroits), la cuvée parcellaire est le fruit d'une minutieuse sélection de raisins sur un territoire bien délimité de la propriété. Aucune cuve n'est mariée à une autre ; jamais le premier goût ne sera éclipsé par un second.
En adepte érudit des « vins de lieux », Ivan Massonnat (Domaine Belargus - Anjou Noir) constate chaque année combien « la notion de terroir est tout sauf démocratique : certains ont plus de choses à dire que d'autres, c'est comme ça ». Aussi, sur ses sols, aucun chenin ne prend la même allure que son voisin. Il en tient pour preuve sa parcelle du Clos des Bonnes Blanches (plein nord) plantée face à celle des Treilles (plein sud) : « Elles se regardent l'une et l'autre mais leurs vins expriment deux lieux que tout oppose », sans doute aussi en raison du chenin, un cépage peu aromatique jouant plus facilement « la partition » du terroir sur lequel il s'implante.
Du fait de la faible quantité produite par ce mode de vinification digne de la haute couture, le viticulteur élaborant des cuvées parcellaires est plus prompt à créer de la rareté. Ou, tout du moins, un nectar d'exception sublimant le reste de sa gamme. Une conviction marketing qui ne séduit pourtant pas tous les grands noms. Chez Ruinart, par exemple, on assume croire davantage aux vins d'assemblage, garants d'un « cran de complexité en plus », selon Frédéric Panaïotis, chef de caves pour la maison de champagne. En 2023, la marque mettait sur le marché son Blanc Singulier 2018, un zéro dosage élaboré sur la base de vendanges ayant suivi une année chaude et/ou précoce. Une façon bien particulière de contrer habilement le réchauffement planétaire. Et d'écrire, par ailleurs, « le blanc de blancs du futur ».
Clos Kixhaya - AOC Chinon. Issus d'une parcelle ceinte de murs située sur les sols sablonneux de la rive gauche de la Vienne, les cabernets francs de Beatriz Papamija donnent un vin frais et délicat dans la plus pure tradition des vins de Chinon. Les raisins sont égrappés à la main, macérés pendant quarante jours et foulés aux pieds. La cuvée, sans intrants ni ajout de sulfites, fait le lien entre les générations. 17 euros.
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Domaine Florian et Mathilde Beck-Hartweg - AOC Alsace Grand Cru Frankstein. Les sols granitiques, légers et secs de cette parcelle obligent la vigne à faire pénétrer ses racines à travers les fissures de la roche à la recherche d'éléments nutritifs, de minéraux et d'eau. En découle une cuvée d'une minéralité cristalline bluffante possédant la droiture des grands vins. Une cuvée 100 % riesling dont la structure permet une longue capacité de garde. 19,50 euros.
Domaine Cazottes - VDF/Tarn. Cette cuvée est élaborée à partir d'un cépage endémique du Tarn, le mauzac rose, passé proche de la disparition. Plantées en 2001 sur une parcelle de 1,7 hectare, les vignes sont situées sur une pente à 300 mètres d'altitude et les raisins récoltés manuellement, puis pressés directement après les vendanges. En résulte un blanc sec résolument local, parfaitement désaltérant et très caractéristique. 10 euros.
Château Massereau - VDF/Bordeaux. Un pour tous, tous pour un, trichons un peu. Voici une cuvée atypique issue d'une sélection de quatre parcelles de cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc et petit verdot. Résultat ? Un rosé comme un vin rouge léger, armé pour accompagner une cuisine gastronomique et parfaitement fruitée. 15 euros.
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Valérie Courrèges - IGP Var. Œnologue de renom, Valérie Courrèges s'est installée à son compte pour produire des vins haut de gamme mais abordables. Cette cuvée est le fruit d'une vinification parcellaire, avec pressurage direct de raisins entiers et non foulés, puis une fermentation en cuves béton pour un pur vermentino à la fois sec et rond. 10 euros.
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