Quand on le lit, on croirait entendre son rire de Candide mutin-cool qui cascade sur le petit monde de la mode en s'amusant assez, et à chaque instant, pour ne pas céder à l'entre-soi - mais seulement à l'enthousiasme. Loïc Prigent a réussi à écrire une « vraie histoire de la mode » - tel est le sous-titre du petit livre rouge qui paraît mercredi - qui lui ressemble. Ils ne se prennent pas au sérieux. En guise de prologue, il commence par le début de sa propre histoire avec la mode : le sentiment d'imposture « si grand que ça en devient une performance artistique » qui, en 1997, lors de son premier défilé Saint Laurent, saisit le jeune Breton tout juste arrivé de Plouescat.
Sa différence ainsi posée, il peut laisser sa prose sautiller singulièrement de la crinoline aux aigrettes en passant par la toque et la tournure. Cette dernière ne vous dit rien ? Suivez le guide Prigent. « La robe qui remplace la crinoline se contente de prendre l'excès de matière qui se trouvait sur le devant et de le repousser logiquement vers l'arrière. On obtient un nouveau volume qui exagère la fesse, et comme cette vogue vient de Paris, on appelle cela le "cul de Paris", ou plus sobrement la tournure. Cette robe, symbole de la IIIe République, donne l'impression curieuse que la femme se penche en avant, dans une posture de singe qui s'apprête à se lancer dans une roulade. »