Livre : « Chair Modiano... »
Anna Cabana
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En ouvrant le nouveau Modiano, plus mince que jamais, on ne pensait pas prendre de risque. On s'attendait à retrouver la lumière voilée, même en plein jour, dans laquelle l'écrivain nous perd et se cherche, cet entre chien et loup de l'écriture qui le ferait reconnaître entre tous.
On s'attendait à ce qu'il soit question de détails, de liste, de temps lointain, flouté, de fantômes du passé, d'incertitude, qu'entre deux virgules il oublie des noms et des adresses, qu'il se présente comme le dernier témoin, qu'il marche marche marche, dans Paris évidemment, qu'il fréquente un arrière-monde avec des gens peu recommandables parlant à voix basse, et et et. Et on n'a pas été déçue.
La Danseuse, c'est tout cela, tout de suite. La dialectique itinérante et infiniment lancinante du débusqueur d'ombres. À une page du début, Patrick Modiano consigne : « Voilà qu'un instant du passé s'incruste dans la mémoire comme un éclat de lumière qui vous parvient d'une étoile que l'on croit morte depuis longtemps. » Ce à quoi il répondra, à une page de la fin :
Là où la prose s'enhardit, c'est dans l'intervalle. À 78 ans, le plus pudique des romanciers contemporains s'essaye à l'exploration du... désir. Le désir d'une femme, qui plus est. Celle du rôle-titre : la danseuse.
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Oh, ce n'est pas un livre torride, il s'en faut.
L'érotisme n'affleure que par incidente. Reste que le héros de ce texte est un corps féminin en mouvement faisant profession de légèreté. Un corps en quête d'« incandescence », de « béatitude », de « ravissement », d'« extase » - des substantifs si peu modianesques qu'une émotion vous saisit à les trouver plantés dans ce texte. Un corps qui va dans le lit d'une mécène au nom de scène, Pola Hubersen, se faire caresser par les « doigts » et les « lèvres » de la susnommée. Un corps « chauffé à blanc par la danse » qui, un autre jour, et même plusieurs, retrouve, toujours dans le lit de la femme caresseuse mais en son absence, le danseur qui est son partenaire dans un ballet - la gaucherie de la recension de leur première étreinte, que l'on n'aurait sans doute pas pardonnée à un autre, ajoute ici au charme... Un corps qui, un soir, prend la main de celui qui dit « je » pour l'entraîner dans ce lit, où les a précédés la caresseuse, qui cette fois est présente.Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

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