Alors qu'économistes, chefs d'entreprise, chercheurs et responsables politiques se réuniront la semaine prochaine à Aix-en-Provence, l'ordre mondial traverse une crise majeure et se fragmente chaque jour davantage. La France peine à imposer sa vision d'une « autonomie stratégique » de l'Europe et laisse à Washington le leadership géopolitique sur ce qu'il reste de l'alliance occidentale héritée de la Seconde Guerre mondiale.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, le bombardement par les États-Unis des installations nucléaires iraniennes, sur fond de poursuite des offensives russes en Ukraine, montre que les grandes puissances ont choisi la force plutôt que la diplomatie. Si nos leaders politiques ne parviennent pas à faire émerger un consensus, qui peut encore raviver l'espoir d'un avenir meilleur ? La réponse ne pourrait-elle venir des acteurs économiques ?
Contre toute attente, dans le chaos géopolitique actuel, l'économie mondiale a fait preuve d'une grande résilience. Les entreprises ont su réorganiser leurs chaînes d'approvisionnement, sécuriser leurs marges, s'adapter, et parfois même anticiper. Certes, le commerce mondial s'est ralenti, mais il n'a pas chuté durablement ; l'inflation a pu être contenue et les marchés financiers ont démontré une belle résistance.
Les acteurs économiques seraient-ils devenus la boussole la plus fiable pour tracer un chemin dans ce brouillard géopolitique ? Face à l'incertitude qui inquiète le monde et les investisseurs, le commerce mondial peut jouer le rôle de socle solide. Les entrepreneurs du monde parlent le même langage, celui des affaires et de l'État de droit. Ils misent sur la confiance, élément fondamental des relations commerciales, qui facilite l'engagement, réduit les tensions interculturelles, favorise l'éthique et la recherche du compromis.
Par Éric Lasry, avocat aux barreaux de Paris et de l’Illinois* et Cyrus Vance, avocat au barreau de New York et ancien procureur de Manhattan (2010-2021)*