OPINION. « L’économie sociale est une économie performante », par Benoît Hamon, président d’ESS France, et David Cluzeau, président de l’Union des employeurs de l’ESS (UDES)
Par Benoît Hamon et David Cluzeau
À l'aube des annonces du Premier ministre sur le projet de loi des Finances de 2026, les deux représentants de l’Économie sociale et solidaire se mobilisent pour leur secteur.
Les représentants de l’Économie sociale et solidaire se mobilisent pour défendre leur secteur avant les annonces de François Bayrou sur le projet de loi de Finances 2026.
Dans un contexte budgétaire et politique très tendu, les décideurs publics cherchent à faire plus, à faire mieux, avec moins, nous, acteurs et représentants des entreprises et des employeurs de l'économie sociale et solidaire (ESS), les invitons à porter un autre regard sur ce pan de l'économie française.
Porteuse d'un modèle d'entreprendre alternatif, aux résultats tangibles et opposables à une vision strictement financière, l'économie sociale créatrice d'emplois locaux, de lien et d'innovations sociales, doit être considérée pour ce qu'elle est : une économie performante, au service de la transformation sociale et écologique de notre pays.
L'économie sociale et solidaire se compose d'entreprises à but non lucratif ou à lucrativité limitée. Par leur activité, elles représentent une contribution estimée à 10 % du PIB, 14 % de l'emploi privé et emploient 2,7 millions de salariés en France.
Présente dans des secteurs essentiels sous forme associative, mutualiste, coopérative ou de fondation, elle agit au plus près des Français, pour leur quotidien : dans la santé, la dépendance, la petite enfance, l'éducation, l'action sociale, la culture ou encore la transition écologique. Elle incarne une réponse fiable et de long terme aux défis de notre société autant qu'elle participe à la qualité de la vie quotidienne de nos concitoyens.
Ces entreprises partagent des principes fondamentaux que sont : la primauté des personnes et de l'objet d'utilité collective ou sociale sur le capital ; l'absence de profit individuel et le réinvestissement des excédents dans l'activité ; une gouvernance démocratique et participative. Ces caractéristiques sont leur singularité. Ces spécificités en font une force économique à part, qui a néanmoins besoin d'être considérée et soutenue au titre du projet de société qu'elle porte.
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Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 75 % des SCOP et SCIC sont toujours actives trois ans après leur création, contre 66 % pour les entreprises classiques. En 2020, en pleine pandémie, l'emploi privé hors ESS reculait de 2,2 %, tandis que l'ESS limitait la baisse à 1,3 %. Dans les structures d'insertion, plus de 140 000 personnes éloignées de l'emploi retrouvent chaque année une activité. L'impact est réel, économique, et durable.
Dans le secteur de la protection sociale, les mutuelles, actrices historiques, protègent près de 40 % des Français, garantissent des tarifs accessibles, tout en assurant la continuité des soins sans logique de profit. Elles constituent un pilier de régulation dans un système de santé en tension. Dans le secteur médico-social, les associations assument pleinement leur mission de service public à but non lucratif.
Une récente étude de l'IRDES (février 2025) a comparé les EHPAD privés commerciaux aux établissements publics et non lucratifs. Résultat : 900 € de différence moyenne par mois au détriment des usagers, sans gain de qualité significatif. L'écart s'explique principalement par la logique de profit : seulement 3 % du surcoût est lié à la qualité, contre 40 % attribuables au statut lucratif. Pis, les taux d'hospitalisations non programmées y sont plus élevés, ce qui interroge sur l'efficience du modèle.
Les structures de l'ESS — et notamment les associations, très présentes dans le secteur médico-social — assument pleinement leur mission de service public à but non lucratif, y compris dans les zones sous-dotées.
Par ailleurs, l'ESS se déploie dans les territoires, en valorisant les ressources locales et en créant de la valeur durable. Les coopératives citoyennes dans l'énergie, par exemple, illustrent cette capacité à allier performance économique, ancrage territorial et transition écologique. Ce modèle renforce aussi notre souveraineté, en proposant des circuits courts, une gouvernance locale et une réappropriation collective des biens communs. Dans un contexte de crises énergétiques, sociales ou industrielles, c'est un levier stratégique majeur.
Le potentiel est là. L'innovation sociale y est, les résultats économiques sont solides, et la demande sociétale est croissante.
L'ESS est un moteur de la compétitivité durable, de l'innovation utile et de la cohésion sociale. À l'heure des transitions, elle propose une économie résiliente, inclusive et responsable. Il est temps de lui donner les leviers qui lui permettront de jouer à plein son rôle dans la transformation de notre modèle économique. La crise multiforme que nous traversons est un accélérateur de changement de modèle ; une urgence dont les pouvoirs publics doivent s'emparer sans plus attendre.