LA TRIBUNE DIMANCHE — Les jeunes ne désirent-ils tout simplement plus être parents ?
MAXIME SBAHI — Je n'y crois pas. Les « no kids » [femmes et hommes qui ne souhaitent pas avoir d'enfants] sont difficiles à quantifier mais restent minoritaires dans toutes les études et trop marginaux pour expliquer la baisse prononcée de la natalité. Le taux de fécondité en France est de 1,68 enfant par femme. Or certaines études montrent que le nombre moyen idéal d'enfants souhaités se situe plutôt autour de 2,3.
Comment expliquer ce décalage, alors ?
Si les jeunes font moins d'enfants c'est aussi parce qu'ils sont contraints par une crise du logement qui les prive d'espace. Le niveau de vie des actifs augmente moins vite que par le passé car le travail ne paie plus. La pauvreté a changé d'âge : c'est chez les moins de 30 ans qu'elle est le plus élevée et chez les plus de 65 ans qu'elle est le plus basse. Pour paraphraser l'écrivain Georges Bernanos : quand la jeunesse se refroidit, la natalité claque des dents. On y est. Notre dépense sociale consacre aujourd'hui six fois plus de moyens à la vieillesse qu'à la famille alors que les deux faisaient jeu égal dans les années 1960. On s'est détourné des jeunes générations et on s'étonne qu'elles fassent moins d'enfants...