La Chine décrète la mobilisation générale pour relancer sa natalité
latribune.fr
Le nombre moyen d'enfants par femme en Chine s’élevait à 1,05 en 2022, sachant qu’il doit être à 2,1 au minimum pour qu’une population se renouvelle et maintienne son effectif.
La Chine a présenté ce lundi des mesures pour augmenter le nombre de naissances dans le pays, après deux années consécutives de baisse de la population.
Longtemps pays le plus peuplé du monde, la Chine a perdu ce titre en 2023 au profit de l'Inde. Et si le pays compte encore 1,4 milliard d'habitants, la tendance à la baisse devrait se prolonger ces prochaines décennies. Un phénomène qu'espère contrer le gouvernement chinois. C'est pourquoi le Conseil d'État a présenté ce lundi des mesures pour relancer la natalité dans le pays. Objectif : construire « une nouvelle culture du mariage et de la procréation ». Il veut pour cela encourager « le respect de la procréation, les mariages à l'âge approprié et le partage des responsabilités entre les parents au sujet de la garde des enfants ».
Les mesures proposées comprennent ainsi l'amélioration de l'assurance maternité, des congés maternité, des subventions et des ressources médicales pour les enfants. Le conseil des ministres a également invité les gouvernements locaux à prévoir un budget pour les services de garde d'enfants et à prélever des taxes et des redevances préférentielles pour eux.
Outre la maternité, les mesures touchent aussi d'autres domaines, comme celui de l'éducation. Les autorités locales sont invitées à renforcer l'aide financière aux étudiants issus de familles défavorisées, avec une mention de « l'expansion progressive de la portée de l'éducation gratuite ». L'accent est aussi mis sur l'emploi et le logement, ce deuxième secteur traversant une crise profonde en Chine. Il est demandé aux autorités locales d'aider davantage les familles ayant plusieurs enfants à acheter un logement, mais aussi de renforcer la protection des femmes enceintes et des nouvelles mères parmi les travailleurs.
Ces mesures adoptées font suite à une enquête menée en octobre par des responsables de la santé chinois. Si ses résultats ne sont pas encore connus, elle a pour but de comprendre les facteurs régissant les attitudes à l'égard de la procréation. Car près de 10 ans après avoir mis fin à sa politique « de l'enfant unique », la Chine a du mal à faire remonter son taux de natalité.
Pour rappel, le pays avait instauré cette limitation au début des années 1980 pour enrayer sa croissance démographique alors exponentielle. Le nombre moyen d'enfants par femme en Chine s'élevait en effet à 7 durant la décennie 1960. En 2022, ce taux s'établissait à 1,05, selon des chiffres donnés en début d'année à l'AFP par le démographe indépendant He Yafu, disant se baser sur des chiffres officiels. Ce taux doit être à 2,1 au minimum pour qu'une population se renouvelle et maintienne son effectif.
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« La tendance au déclin de la population chinoise est fondamentalement impossible à inverser »car les jeunes générations« ne sont généralement plus disposées à avoir beaucoup d'enfants »,estime He Yafu.
Parmi les principales raisons : le coût élevé de l'éducation d'un enfant. En 2019, ce coût, de la naissance à l'âge de 18 ans, s'élevait à 485.000 yuans (62.000 euros), selon le cabinet pékinois YuWa Population Research. Soit près de sept fois le produit intérieur brut (PIB) par habitant du pays cette année-là. Un niveau bien plus important comparé aux États-Unis (4,11) ou en Australie (2,08) par exemple.
Autres explications : la méfiance croissante des jeunes générations envers l'institution du mariage, passage obligé en Chine avant d'avoir un bébé.Le nombre croissant de femmes faisant des études supérieures reporte également l'âge de la première grossesse. Si bien que le slogan « ni mariage, ni enfant » est devenu populaire sur l'internet chinois.
Cette crise démographique induit un vieillissement de la population chinoise. L'année dernière, la Chine a connu une augmentation significative de sa population de seniors. Près de 17 millions de personnes supplémentaires ont ainsi dépassé l'âge de 60 ans, selon les statistiques officielles. Cette classe d'âge représente déjà plus de 20% de la population. Et cette proportion devrait atteindre près d'un tiers d'ici 2035, selon le groupe de recherche Economist Intelligence Unit.
Ce qui n'est pas sans conséquence. Notamment sur le plan économique : la Chine s'est longtemps appuyée sur sa vaste main d'œuvre pour stimuler sa croissance. Cette tendance déséquilibre par ailleurs le système de retraite. Si bien que le gouvernement chinois a décidé en septembre de relever progressivement l'âge de départ à partir de 2025. Autre problème de cette crise démographique : le volet social. Car la tradition impose en Chine de s'occuper de ses parents âgés, à un degré supérieur aux sociétés occidentales. Or, la plupart des couples sont aujourd'hui composés de deux adultes enfants uniques. Ces derniers ont donc fort à faire, en devant s'occuper de leurs quatre parents âgés.
Dans ce contexte, le gouvernement chinois a présenté en début d'année un grand plan seniors pour faire face à l'augmentation grandissante des besoins de services dans le secteur (maisons de retraite, divertissements, soins à domicile ou encore livraison de repas). En septembre, il s'est aussi engagé à améliorer l'attention aux personnes âgées. Reste à voir si toutes ces mesures, en faveur du petit et du grand âge, seront suffisantes pour casser ce cercle vicieux.