LA TRIBUNE DIMANCHE —Que vous inspire la fin des aides de l'USAid décrétée par Donald Trump ?
ROBERT SEBBAG — C'est une catastrophe dont les dégâts vont être majeurs.
Pour vous donner un exemple concernant Action contre la faim, l'un des pays les plus touchés par l'arrêt des financements américains est la République démocratique du Congo. Là-bas, nous aurions dû nous occuper de 36.0 000 enfants en 2025 dont 45 .000 sont atteints de malnutrition sévère. Aujourd'hui, avec le gel de l'aide humanitaire, seuls 2 000 enfants pourront être pris en charge.
Vous allez donc devoir faire du tri ?
C'est le pire en humanitaire, mais on va devoir ne s'occuper que des cas les plus graves et on ne pourra pas tous les prendre. Depuis fin mars, Action contre la faim a identifié 258 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë qui ne peuvent plus être soignés. Parmi eux, 18 sont décédés. Autre exemple, à Madagascar, on a dû fermer deux bases dans le sud du pays ; on a dû se séparer de 200 collaborateurs ; 10 cliniques mobiles qui prenaient en charge 5.000 enfants ont été fermées. En tout, on a estimé que 1,5 million de personnes seront impactés par l'arrêt des financements américains et
800 .000 personnes sur des activités de prise en charge vitale.
Quelles seront les conséquences à long terme ?
La mortalité infantile va augmenter, les risques d'accouchement avec des effets secondaires aussi. Quand on voit les effets du changement climatique, la multiplication des guerres et qu'on y ajoute le désengagement des pays riches, je suis très pessimiste. On n'a jamais vécu cela, malheureusement, c'est comme si l'humanité reculait.
Propos recueillis par Nelson Getten