Avec la fin des financements de l’USAid décrétée par Donald Trump, le monde de l’humanitaire vit les heures les plus délicates de son histoire. Les ONG françaises sont frappées de plein fouet par le manque de moyens.
Comme chaque matin depuis près de trois mois, Kevin Goldberg regarde les comptes de Solidarités International, l'ONG qu'il dirige, « pour voir si des virements des Américains sont arrivés dans la nuit ». Comme chaque matin depuis près de trois mois, il n'y a rien, ou presque. « On a reçu 30 .000 dollars sur les 15 millions que l'USAid nous devait pour les contrats qu'on avait passés avec eux. »
L'annonce, par un décret du 20 janvier du président Trump, du gel du financement de l'USAid, l'agence qui fournissait plus de 40 % de l'aide humanitaire mondiale, frappe de plein fouet les ONG du monde entier et les françaises en particulier.
Depuis cette date, le directeur de Solidarités International a l'impression de se faire balader par une administration américaine qui change d'avis toutes les deux semaines : « Fin février, on nous a dit de tout arrêter, que toutes les missions en cours étaient suspendues. Ensuite, on a reçu un courriel nous disant de continuer les missions vitales. Puis de les arrêter quinze jours plus tard. »
« Folie administrative »
Lesdits courriels, consultés par La Tribune Dimanche, sont déconcertants. Le 21 mars : « À la suite d'un examen mené par la direction du département d'État et de l'USAid, vous êtes par la présente autorisé à reprendre l'exécution conformément aux termes et conditions de la ou des subventions répertoriées dans la pièce jointe 1. » Le 4 avril : « Cessez immédiatement toutes les activités, résiliez toutes les sous-subventions et tous les contrats, et évitez d'engager des obligations supplémentaires imputables à la subvention au-delà des coûts inévitables associés à cet avis de résiliation. »
Cette « folie administrative », comme la décrit Kevin Goldberg, a des conséquences directes et dramatiques sur les missions engagées à travers le monde. Joint par La Tribune Dimanche, Mathieu Vernusse, le directeur du bureau de Solidarités International au Mozambique, raconte : « Dans la région de Mocímboa da Praia [occupée par des groupes djihadistes jusqu'en 2022], on s'occupait de l'accès à l'eau et aux sanitaires pour près de 100 .000 personnes. »
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