Goldman Sachs a cinq ans pour changer de modèle

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La firme de Wall Street accuse sa deuxième perte trimestrielle depuis son entrée en Bourse en 1999. Comme Morgan Stanley, elle devra s'adapter à un cadre réglementaire plus strict.

Depuis son introduction en Bourse en 1999, Goldman Sachs n'avait connu qu'un seul trimestre de pertes (le troisième trimestre 2008) en pleine crise financière, juste après la faillite de Lehman Brothers. Il faudra désormais rajouter le troisième trimestre 2011 dans l'histoire de la banque, qui se solde sur une perte de 428 millions de dollars. La perte est même bien supérieure aux attentes les plus pessimistes, et la banque affiche un recul de 60 % de ses revenus par rapport à l'an passé, avec tous les métiers en berne.

Ce mercredi, sa rivale Morgan Stanley devrait également publier de piètres performances. La Bourse est cependant restée de marbre. « Plus personne ne s'intéresse vraiment à ce que gagnent les banques aujourd'hui », explique Richard Bove de Rochdale Securities. « Chacun se focalise désormais sur la politique, la situation en Europe et les évolutions en matière de régulation ». Car, au-delà de la crise de la dette de l'été 2011, Goldman Sachs et Morgan Stanley vont devoir faire face à un défi bien plus grand : s'adapter au nouveau cadre réglementaire que dessinent progressivement les autorités américaines dans le cadre de la réforme Dodd-Frank. Et plus particulièrement à la « Volcker Rule », qui prévoit une limitation des activités de trading pour compte propre, une activité qui représente toujours près de la moitié (48 %) du chiffre d'affaires de Goldman Sachs et 27 % de celui de Morgan Stanley, selon les estimations de la banque Nomura.

Recul des profits

Les banques universelles, comme Bank of America et JP Morgan, sont également concernées, mais à des degrés bien moindres. L'impact de la loi sur leurs activités dépendra en grande partie des modalités d'application retenues par les régulateurs, une période de consultation publique a été ainsi ouverte la semaine passée après la publication d'un projet de directive de près de 300 pages.

Si la ligne dure s'impose, les revenus de Goldman Sachs dans la banque d'investissement pourraient chuter de moitié et ceux de Morgan Stanley de près de 40 %, selon les analystes de JP Morgan. Le recul des profits pourrait même être encore plus important, les banques étant contraintes de se recentrer sur des activités à plus faibles marges. Pour échapper à ce scénario, une solution - radicale - est sur toutes les lèvres : renoncer au statut de holding bancaire pour lequel les deux établissements avaient opté en 2008 au plein coeur de la crise financière pour bénéficier de la protection de la Fed et du gigantesque plan de sauvetage du secteur bancaire, via notamment le programme de recapitalisation TARP. Mais ce statut bancaire a une lourde contrepartie : des contraintes réglementaires beaucoup plus fortes exigées par la Réserve fédérale, auxquelles s'ajoutera bientôt la Volcker Rule. « D'importants coûts supplémentaires vont devoir être supportés par les banques agissant en tant que faiseurs de marchés », estime David Hilder, analyste chez Susquehanna Financial. « Un nouveau fardeau », qui devrait, selon lui, « pousser Goldman Sachs et Morgan Stanley à examiner une sortie du système bancaire. » Cette hypothèse, relancée la semaine dernière, est cependant jugée improbable à Wall Street tant elle déclencherait une tempête politique alors que le mouvement des « indignés » s'étend à travers le pays.

« La Volcker Rule n'entrera pas en vigueur avant 2 017 », nuance Paul Miller de FBR, interrogé par CNBC. « L'industrie financière se réinvente tous les quatre à cinq ans. À quoi ressemblera-t-elle en 2017 ? », s'interroge-t-il. Déjà, les grandes banques américaines ont commencé à s'adapter, fermant ou cédant ces derniers mois des divisions entières. Mais ni Goldman Sachs ni Morgan Stanley n'ont encore entrepris de restructuration en profondeur, notamment parce qu'elles estiment pouvoir encore peser sur la portée des nouvelles réglementations. D'autant plus que les élections de novembre 2012 pourraient rebattre les cartes. « Les grandes banques américaines seront de toute façon très différentes dans trois à cinq ans », estime Richard Bove. Elles vont devoir redéfinir leur gamme de produits, être moins présentes sur le trading et plus sur le traitement des flux (flow monster) ou la gestion d'actifs. Richard Bove se veut même optimiste : « Ces nouvelles règles vont créer de réelles opportunités pour de nouveaux acteurs ».

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