Baudouin Prot : "un nouveau comité exécutif va être constitué"

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Lancé dans une grande offensive de communication sur tous les médias, la banque BNP Paribas s'apprête à changer de président jeudi 1er décembre. Baudouin Prot, va ainsi succéder à Michel Pébereau. Dans un entretien conjoint aux quotidiens belges L'Echo et De Tidj et à La Tribune, il indique qu'un nouveau comité exécutif plus international va être nommé.

Dans un entretien conjoint aux quotidiens belges L'Echo et De Tidj et à La Tribune, Baudoin Prot indique qu'un nouveau comité exécutif plus international va être nommé. Baudouin Prot réaffirme que la course à la taille ne fait pas partie de ses projets et qu'au contraire tous les efforts sont concentrés sur la réduction de la taille du bilan. Il annonce une baisse significative du dividende et des bonus.

La Tribune : Jeudi 1er décembre, vous deviendrez président de BNP Paribas. Quel bilan dressez-vous de vos huit années comme directeur général du groupe ?

L'un des éléments forts de ma gestion a été l'acquisition de la banque italienne BNL (Banca Nazionale del Lavoro), en 2006, qui a permis à BNP Paribas de concrétiser la vision européenne qu'avait eu Michel Pébereau lors de la fondation du Groupe. Ensuite, depuis l'été 2007, je conduis ce groupe dans un contexte de crise dont l'ampleur et la durée s'avèrent vraiment sans précédent. Or BNP Paribas a mieux traversé cette crise qu'une grande partie de ses concurrents, au point d'avoir négocié le rachat de Fortis peu après la faillite de Lehman Brothers. Une opération qui nous permet de disposer aujourd'hui de quatre marchés domestiques en Europe, la Belgique et le Luxembourg s'étant ajoutés à la France et à l'Italie. Le BNP Paribas qui s'est dessiné ces dernières années est une grande banque de l'Europe des cités marchandes.

Une nouvelle équipe sera-t-elle constituée autour de Jean-Laurent Bonnafé, le nouveau directeur général ?

La physionomie du groupe a beaucoup changé ces dernières années. Il est frappé du sceau européen. Cela va se traduire dans le nouveau comité exécutif et la nouvelle équipe de direction générale qui vont être constitués autour de Jean-Laurent Bonnafé. Pour tenir compte de l'évolution de la taille du Group, les rôles au sein de cette équipe s'organiseront d'une manière différente de celle qui existait depuis 2003. Cette nouvelle direction générale sera présentée ce vendredi. Des cadres belges vont accéder à des postes importants, à cette occasion et dans les semaines à venir. Les cadres de BNP Paribas Fortis devraient être confortés dans l'idée que l'on peut faire carrière au sein du groupe, sans aucune restriction.

En tant que nouveau président, quelles sont vos ambitions pour BNP Paribas?

L'industrie bancaire vit dans un cadre bouleversé par la future réglementation Bâle III relative au renforcement de ses fonds propres, et par l'environnement de marché actuel. Elle doit s'adapter à marche forcée à ce nouveau contexte, ce que BNP Paribas a très activement engagé. Le groupe est certes un leader européen d'envergure mondiale, mais nous ne pouvons pas tout faire, sur le plan des métiers comme sur le plan géographique. La banque de détail restera le premier métier du groupe. La course à la taille ne fait pas partie de notre plan de marche. Même si nous ne nous interdisons pas des acquisitions, les équipes sont actuellement mobilisées en priorité sur la réduction de la taille de notre bilan, conformément au plan annoncé mi-septembre, qui prévoit une réduction de nos actifs pondérés correspondant à 100 points de base de ratio de solvabilité, soit l'équivalent de 70 milliards d'euros, d'ici à la fin 2012.

Cette réduction du bilan vous a conduit à annoncer 1.700 suppressions de postes. Devrez-vous procéder à des réductions d'effectifs supplémentaires ?

Normalement, après ces adaptations d'effectifs - circonscrites à la banque d'investissement et à la gestion d'actifs, et plus limitées que celles annoncées par nos grands concurrents -, BNP Paribas devrait être bien adaptée aux nouvelles conditions de réglementation et de marché. D'autant que nous nous sommes montrés assez prudents au cours des trois dernières années, en ne procédant pas à des recrutements importants en banque d'investissement et de marché. Mais, bien entendu, tout dépendra de l'évolution de la conjoncture économique mondiale, au cours des prochaines années.

Pour renforcer les fonds propres et desserrer l'étau de la liquidité, BNP Paribas comme les autres banques françaises, doit réduire la taille du bilan dans l'urgence sous la pression des marchés. Pourquoi ne pas avoir agi plus tôt sur la liquidité ?

Les évolutions récentes des conditions de liquidité en dollars se sont faites avec une grande brutalité. Nous avions anticipé ce mouvement dès le début de l'année et nous avons changé de braquet dès qu'il s'est accéléré. Nous avons fait preuve d'une forte réactivité.

Comment évolueront les bonus et les dividendes, au titre de 2011 ?

Il faut s'attendre à une baisse significative dans les deux cas.

Nombre d'entreprises redoutent que la réduction des bilans des banques ne débouche sur une raréfaction du crédit. Que leur répondez-vous ?

Il faut examiner les faits. Cette année, à fin octobre, les prêts des banques françaises aux entreprises et aux particuliers ont augmenté de 6,5%, contre une hausse de 1,1% seulement pour les banques allemandes et une chute de 13% pour les banques américaines. Ni les chiffres ni les enquêtes d'opinion ne traduisent de credit crunch. Nous faisons très attention à continuer à financer l'économie sur nos marchés domestiques.

Quelles sont les solutions à la crise de la dette dans la zone euro ?

Les fondamentaux économiques de la zone euro, dont le déficit budgétaire n'excèdera pas 4,1% en 2011, ne justifient pas le surcoût d'endettement qu'elle subit aujourd'hui. C'est sa gouvernance qui pénalise la zone euro. Pour sortir de la crise actuelle, il faut que chaque pays adopte une politique de rééquilibrage des finances publiques, ainsi que des réformes structurelles, afin de libérer un potentiel de croissance significatif. Au niveau de la gouvernance d'ensemble, la zone euro doit adopter une unité de commandement et de communication, car les investisseurs ont besoin de clarté.

Où en sont les négociations entre la Grèce et ses banques créancières ?

Il faut absolument que nous finalisions dans les semaines qui viennent un accord sur un échange volontaire de dette, afin que nous procédions à cet échange, début 2012. Mais les interlocuteurs ne sont pas clairement désignés ou mandatés, ce qui fait traîner les choses en longueur, encourageant ainsi la forte aversion des investisseurs à l'égard du risque souverain européen.

Compte tenu des contraintes très lourdes de Bâle III, pensez-vous que cette réglementation devrait être révisée ?

Je ne dis pas cela. Dans le cadre de Bâle III, les décisions relatives aux nouvelles exigences en fonds propres sont allées si loin qu'il me paraît difficile de revenir en arrière. En revanche, il me paraît vital que les mêmes règles, avec le même calendrier, soient adoptées de part et d'autre de l'Atlantique. Les régulateurs doivent se concentrer sur la bonne mise en ?uvre de ces mesures, avant de décider d'ajouter de nouvelles couches de réglementation. Et ils seraient bien inspirés de prêter attention aux études d'impact de ces réglementations, afin que celles-ci ne pèsent pas trop sur le financement de l'économie. A ce titre, les nouveaux ratios de liquidité devraient faire l'objet d'un réexamen de fond.

Standard & Poor's vient de dégrader la note de la Belgique. L'agence a des craintes sur le secteur bancaire belge. Ne redoutez-vous pas un effet domino sur BNP Paribas Fortis qui détenait près de 25 milliards de papier d'Etat belge au 31 décembre 2010?

Nous avons la responsabilité de continuer à jouer un rôle de premier plan dans le financement de l'économie belge. Pour le reste, nous sommes très soucieux du fait que la Belgique ait un gouvernement et mette en ?uvre des réformes structurelles pour stimuler le potentiel de croissance de son économie. Rien ne peut compenser ni se substituer à un plan d'équilibre des finances publiques. Nous communiquerons le montant actualisé de nos encours de dettes souveraines à la fin de l'année. De manière générale, rappelons que la Belgique a une économie vigoureuse et l'un des niveaux de vie les plus élevés d'Europe.

Un nombre croissant de voix s'élèvent en faveur d'une séparation des activités de banque de détail et de banque d'investissement. Quelle est votre opinion ?

Tous ceux qui ont travaillé sur le sujet, y compris au sein du monde anglo-saxon, ont conclu que la séparation pure et simple de ces activités n'était pas une solution. Ni les travaux de la commission Vickers en Angleterre, ni la Volcker rule aux Etats-Unis ne prévoient un retour pur et simple au « Glass Steagall act ». En effet, de nos jours, on ne peut plus servir la clientèle des entreprises sans combiner une offre de financement et une offre de marchés, comme les émissions d'actions et d'obligations. De plus, alors que les Etats-Unis ont constitué des banques plus puissantes qu'avant tant en banque de détail que dans les activités de marchés, il serait paradoxal que l'Europe prenne une initiative d'un autre ordre.

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