Des patronnes à la rencontre des collégiennes
Laurence Jaillard
Laurence Jaillard
Corinne Lapras fait partie de ces 183 femmes témoins qui s'efforcent de semer la graine de l'entrepreneuriat dans 120 collèges, lycées et universités de la région pendant la semaine de sensibilisation des jeunes à l'entrepreneuriat féminin. Ce jour là, elle se retrouve devant quinze jeunes filles de 13 et 14 ans de différentes classes de 4ème, au collège Victor Grignard de Lyon. Elles se sont portées volontaires pour écouter la « bonne parole ».
Puis elle enchaine avec d'autres exemples d'entrepreneuriat par des personnes parties de rien et lance à son auditoire : « qu'ont toutes ces personnes en commun ? ».
Les jeunes filles, au début plutôt réservées, se piquent au jeu et les réponses fusent : « elles ont en commun une idée ! Un projet ! Le désir de travailler pour soi !... » Le dialogue s'amorce de manière décontractée, Corinne a su établir la confiance. Il faut tout un savoir-faire. Les parties prenantes en Rhône-Alpes de cette semaine, soit l'association « 100 000 entrepreneurs », puissamment relayé par le Réseau Economique Féminin (avec le mécénat cette année de BNP Paribas) ont formé pour cette deuxième édition 132 intervenantes qui ont toutes une expérience d'entrepreneuriat à illustrer.
Les questions s'enchainent dans la classe : « Vous avez des employés ? Vous avez fait de longues études ? Ce Paul dont vous parlez, il est devenu riche ? ». Cette question de la richesse du chef d'entreprise revient sur le tapis plus tard, et Corinne met les choses au point : « en entreprenant, on ne vise pas forcément la richesse mais tous cherchent à ce que leurs idées fonctionnent. Oui, ma vie est riche, je rencontre par mon travail des gens passionnants, je suis autonome, j'organise mon emploi du temps comme je veux... » «J'aimerais bien ça », soupire une jeune fille.
« Dans votre vie, avez vous eu le sentiment d'entreprendre ? », enchaîne Corinne. Cette question désarçonne, elles se considèrent trop jeunes alors Corinne explique que même à leur âge elles peuvent porter un projet - une virée à vélo, un petit voyage - et le financer en gardant des enfants ou en vendant des brioches.
« Si vous deviez créer votre entreprise, ce serait quoi ? Et ne vous interdisez pas de rêver », lance l'entrepreneuse. Beaucoup se projettent dans les vêtements, la parfumerie, les chaussures, la décoration, ou plus inattendu, notaire.
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Une adolescente une affirme : « j'aimerai créer ma propre marque de vêtements pour les riches ». Cette remarque est l'occasion d'expliquer qu'il faut apporter du nouveau par rapport à l'existant, elles parlent alors de l'enseigne Zara, de la marque Repetto. « Plus tard vous travaillerez ou vous vous occuperez de vos enfants ? » La plupart optent pour le travail. « Qui aurait envie d'entreprendre ? » Seulement trois doigts se lèvent... « Ce qui signifie être patronne... », deux nouvelles candidates se désignent alors.
A l'issue des deux heures, chacune doit écrire sur un papier ce qu'elle a retenu de cette rencontre. Surprise, alors que parfois l'ambiance se relâchait avec des rires, des bavardages entre copines toutes ont répondu de manière détaillée. On lit par exemple : « il faut aller au bout de ses rêves - se montrer ambitieux - aller loin dans ses études - travailler, ne pas baisser les bras - être heureux dans ce qu'on fait, c'est important - même quand on est jeune, on peut mener des projets ».
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« Je vous invite à faire des expériences, on apprend beaucoup à être confronté à la réalité », lance Corinne pour conclure. Elle a observé que certaines, silencieuses et discrètes, ne perdaient pas une miette de ce qu'elle expliquait. Certes, le matérialisme bien présent dans les échanges la désole un peu. Mais elle a le sentiment effectivement d'avoir été peu ou prou entendue.
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