Halte au protectionnisme ! Le marché unique est notre moteur

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La peur est un sentiment irrationnel qui peut pousser à prendre des décisions irrationnelles. Il est indispensable de veiller, en cette période de crise, à ce que les mesures prises individuellement par les États de l'Union européennes soient compatibles entre elles. Le retour à un nationalisme économique finirait par nuire à ses propres instigateurs. Le sommet du 1er mars est une occasion de le rappeler.

Ces dernières semaines, des signaux très inquiétants ont été envoyés dans toute l'Union européenne. Le marché unique européen - l'une de nos plus belles réussites - risque d'être ébranlé et de subir de sérieux assauts si nous ne parvenons pas à garder la tête froide pour prendre des décisions concernant la manière de surmonter la crise économique.

Lorsque Franklin D. Roosevelt a prononcé son discours d'investiture, en mars 1933, les États-Unis étaient en pleine dépression économique. Il a alors eu ces mots inoubliables, qui sont encore d'actualité aujourd'hui?: « La seule chose dont nous devrions avoir peur est la peur elle-même. »

Compte tenu de la situation économique actuelle, l'anxiété des citoyens européens confrontés à la perspective de perdre leur emploi ou leur logement et de devoir changer radicalement leur mode de vie est parfaitement compréhensible. Mais la peur est un sentiment irrationnel qui, s'il prend le dessus, peut pousser à faire des choix et à prendre des décisions irrationnelles et créer une spirale inexorable.

Dans les temps que nous traversons, nous avons besoin d'une véritable autorité politique, capable de prendre des décisions qui peuvent être à la fois dures et impopulaires. Les responsables politiques européens doivent s'efforcer de restaurer la confiance et de résister à toute tentation de recourir à une rhétorique populiste, qui pourrait rassurer temporairement leur électorat, mais n'apporterait pas de solution à long terme.

L'achèvement du marché intérieur de l'Union européenne au début des années 1990 - qui a consacré la libre circulation des biens et des services, du travail et du capital - a permis à nos économies de connaître un essor considérable. Fondé sur l'idée que le tout est supérieur à la somme de ses parties, le marché unique européen est en lui-même un moteur pour une croissance durable. Si les consommateurs européens ont accès à une plus large gamme de biens et de services de qualité, sans que les prix soient gonflés par des taxes à l'importation et des droits de douane, c'est directement au marché unique européen qu'ils le doivent. Si nous permettions aujourd'hui que des mesures protectionnistes désorganisent ce marché de plus de 500 millions de consommateurs (si l'on ajoute la Suisse, la Norvège et l'Islande aux 27 États membres), nous saperions la base même de notre prospérité.

Les institutions de l'Union européenne - la Commission, le Conseil et le Parlement - ont tout particulièrement le devoir de défendre les intérêts de la communauté dans son ensemble, plutôt que des intérêts nationaux, régionaux ou sectoriels étroits. La Commission européenne, en tant que gardienne des traités, doit défendre avec détermination les règles du marché intérieur et prendre des mesures très fermes à l'encontre de tout État membre qui cherche à les enfreindre.

L'actuelle présidence tchèque du Conseil a également un rôle majeur à jouer et je salue l'esprit de décision du Premier ministre, Mirek Topolánek, qui a convoqué un sommet de crise pour le 1er mars, afin de débattre des dernières évolutions. Cette réunion du Conseil européen doit garantir que les mesures prises individuellement par les États membres sont compatibles entre elles et ne contreviennent en aucune manière aux règles du marché intérieur.

Si chacun des 27 États membres cherchait à « faire cavalier seul », ils n'iraient pas très loin. Un tel nationalisme économique finirait par nuire à ses propres instigateurs, si les autres pays choisissaient de leur « rendre la pareille ». Dans les faits, notre marché intérieur repose sur une série d'interconnexions étroites, de sorte que des biens produits, disons, en Allemagne, peuvent dépendre de composants provenant, par exemple, de Pologne et du Danemark, et être ensuite commercialisés, par exemple, en Italie et en Grèce. Parler « d'emplois britanniques pour les travailleurs britanniques » ou de « voitures françaises fabriquées en France » est simpliste et revient à ignorer la complexité de notre système économique européen.

Le Parlement européen, en tant que seule institution directement élue, défendra également vigoureusement les intérêts de la communauté dans son ensemble et de tous ses citoyens. Nous nous opposerons à toute velléité de politique protectionniste qui nuirait au marché intérieur et, en fin de compte, appauvrirait l'Union entière vis-à-vis de nos concurrents dans le monde. En tant que législateurs, nous souhaitons voir la loi appliquée et respectée. L'Union européenne est fondée sur l'état de droit, si bien que les États membres, qu'ils soient grands, moyens ou petits, sont tous égaux devant la loi et aucun d'entre eux ne peut être autorisé à s'affranchir de la loi au détriment des autres.

Le sommet du 1er mars est une occasion pour l'Union européenne de montrer clairement au reste du monde que l'Union européenne et ses États membres n'ont pas l'intention de se retrancher derrière des barrières protectionnistes. Si nous laissons la peur et le populisme imposer une philosophie du « chacun pour soi », le résultat en sera un échec pour tous. Nous devons rester fidèles au principe européen fondamental de solidarité pour pouvoir surmonter ensemble les difficultés économiques actuelles.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il est important de ne pas confondre protectionnisme et soutien à la re-localisation. L?actuel mode de financement de notre protection sociale et des collectivités locales n?est pas protectionniste mais destructionniste. Je m?explique :

Les charges pesant sur les salaires et donc sur les industries de main d??uvre et l?emploi, auxquelles les productions importées ne sont pas soumises, sont une incitation permanente à la délocalisation. Par le biais de la « TVA sociale », à savoir la taxation de la consommation en lieu et place de la production, nous placerions à nouveau la production française à égalité de traitement avec la concurrence étrangère, puisque la mesure aurait pour effet de renchérir les produits importés et de diminuer les coûts de production en France. La mesure serait juste et acceptée par nos concitoyens à condition d?opérer une réduction équitable des charges salariales et patronales, rendant ainsi du « pouvoir d?achat » aux ménages.

La taxe professionnelle, dont la suppression a été annoncée en fanfare sans qu?on sache selon quelles modalités, est à mon avis une bonne chose. La TP pèse en effet également le plus lourdement sur les industries de main d??uvre et d?investissement. Là encore, il s?agit d?une incitation à produire hors de nos frontières. Pour un montant de collecte identique, la TP devrait être remplacée par un impôt sur le chiffre d?affaires et/ou la marge brute.

En défendant ces mesures je ne me fais pas l?image d?un protectionniste, mais d?un défenseur des intérêts des entreprises et surtout des salariés français. L?Allemagne a mis en ?uvre avec succès la TVA sociale sans être qualifiée de protectionniste.

Les excès du libre-échange ont conduit à mettre en concurrence directe les salariés des pays développés avec ceux des pays émergents. En conséquence de quoi la part des salaires dans la distribution de la richesse n?a cessé de décroître, au profit des revenus du capital et de la bulle du surendettement (les détenteurs du capital prêtant en retour aux ménages pour que ceux-ci consomment). Ce que nous vivons aujourd?hui, c?est le réajustement brutal de la production mondiale sur la réalité des revenus. Sachant que le revenu médian au Etats-Unis est resté le même depuis 30 ans, je vous laisse imaginer le retour en arrière qui se profile.

L?Etat a pour mission de protéger les citoyens dont il a la charge. L?idéal européen, à l?origine, était la mise en commun des richesses entre les états membres avec un tarif extérieur commun face au reste du monde. Cet idéal a été peu à peu perverti, à compter de l?entrée de la Grande Bretagne en 1973, au profit d?une logique libre-échangiste absolue. Sans pour autant renoncer à la liberté des échanges, il est temps que l?Union Européenne revienne à son idéal d?origine et fasse sentir aux citoyens qu?elle leur apporte des protections, au lieu de vouloir les exposer à toute force à une concurrence face à laquelle ils sont impuissants.

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