A long terme, nous sommes morts !

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Par Daniel Boeri, consultant en développement des organisations.

Il devient très urgent de reprendre à notre compte l'aphorisme de Keynes ! Dans cette crise qui ne finit pas et dont personne ne sait encore la profondeur du gouffre, toutes mesures de long terme, prises au détriment du court terme, risquent de laisser mourir le malade avant l'arrivée de l'éclaircie. Aujourd'hui, seul un objectif compte, l'emploi !

Toute action qui se détourne de cet objectif est une erreur. Toutes les démarches "politiquement correctes" que l'on nous présente ne servent que de "cache sexe" au désarroi des gouvernants et leurs politiques inopérantes. Les milliers de milliards de dollars injectés jusque-là dans le circuit économique, à travers les banques et les divers plans de relance, ne semblent être qu'un cautère sur une jambe de bois.

Or, voilà que le futur G20, du mois d'avril, sur lequel on fondait tant d'espoir, tombe dans le même piège obscène. Pensez donc, voici les trois priorités des nouvelles vingt grandes puissances du monde :

- "Renforcer la régulation financière", avec deux objectifs, "un encadrement du système bancaire parallèle et une réforme des paradis fiscaux " !

La belle affaire, si tant est que cet objectif soit atteint - et ce n'est de toute façon pas pour tout de suite - par exemple, en France cela rapporterait au Trésor public 20 milliards d'euros, soit 3.000 euros par travailleur pauvre ! Et puis ? ...Pour débusquer cet "argent pervers" faudrait-il encore le faire sortir des secteurs où il est déjà investit au risque d'accroitre encore plus l'offre et accélérer la déflation ! Mais pire, comme il manque dans le circuit économique 1.300 milliards de dollars ; nous sommes vraiment loin du compte !

- "Réformer le FMI et la Banque mondiale" ! C'est vrai ça urge ! Avec cela, que va-t-on dire aux nouveaux chômeurs: 651.000 aux Etats-Unis, 150.000 en Espagne, 90.000 en France, rien que ce mois-ci ! Qui plus est, il faut le rappeler sinon le crier, à tous les thuriféraires de la régulation. Le FMI pouvait déjà réguler il ne l'a pas fait, les banques centrales pouvaient déjà réguler elles ne l'ont pas fait, les états pouvaient déjà réguler ils ne l'ont pas fait, les organismes de marché pouvaient déjà réguler, ils ne l'ont pas fait, les organismes privés pouvaient déjà réguler ils ne l'ont pas fait !!! Alors bon, oui à une future régulation, mais d'abord sauvons les emplois !

- "Coordonner les différents plans de relance". Bravo, c'est indispensable, on vient de voir que les Vingt-Sept européens n'étaient même pas d'accord entre eux pour apporter une aide aux pays de l'est, nouvellement entrés dans l'orbite européenne !

Ces mesures n'apportent strictement rien à court terme, rien à l'emploi. Ce n'est qu'un engrenage dépressif qui se structure. Il n'est plus possible de considérer le chômage, comme une variable d'ajustement des déséquilibres macro économiques. La France attend cette année 300.000 chômeurs supplémentaires, encore cette prévision est-elle optimiste, et rien ne se passe. Le président des Etats-Unis vient de dire sa surprise devant les chiffres américains ; cela ne sert également à rien.

Sortir d'une crise en forme de L - c'est-à-dire une crise dont on ne voit pas la fin - exige d'abord de donner confiance aux citoyens et de sécuriser les revenus ; ce doit être la priorité des gouvernants. C'est-à-dire une vraie relance, coordonnée, qui non seulement s'appuie sur les investissements, mais aussi sur le pouvoir d'achats. Des moratoires financiers doivent accompagner la relance pour sécuriser les personnes.

Remettre dans la machine économique les 1.300 milliards de dollars qui manquent, ne peut se faire qu'en les donnants aux consommateurs et non plus aux seules banques. Ce programme va directement à l'encontre des billevesées qu'on nous annonce au G20.

Il est à craindre que se faisant on donne raison aux Antillais qui, eux, ont pris leurs affaires en main.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
D'accord pour l'analyse, mais zéro pointé pour les antillais à qui les 200 euros vont se perdre dans l'inflation que cela va engendrer (ils se plaignaient déjà de prix élevés) sans compter les faillites générés par cette grève, sans rien changer à leur business model qui génère 900 millions d'euros de déficit annuel comblés par la métropole. Drôle de façon de "prendre ses affaires en mains" que de vivre sous perfusion.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
D?où sort ce chiffre de 1300 milliards qui manquent dans le circuit économique ? J?aimerais bien le savoir ! Quelle est cette arithmétique ? Nous pourrions sortir d?autres chiffres, par exemple celui de la dette de l?Etat français, qui est en train se gonfler comme une baudruche et qui va finir par exploser en faisant des dégâts pour de bon ! Qui va la payer cette dette ? Et comment ? Elle va peser sur combien de générations ? On va nous inventer une CSG-RDS à quel taux en plus de tous les impôts actuels pour la rembourser alors que la fiscalité et les charges sociales françaises sont déjà très lourdes ? Quand la barque est trop chargée, elle coule !

Quand crise il y a, il est facile de critiquer les gouvernants qui ne font que ce qu?ils peuvent et qui n?ont pas de baguette magique.

Arrêtez de gémir sur la montée du chômage en France : les français sont surprotégés à touts points de vue, et se plaignent toujours. Venez en Russie, où j?habite et travaille. Ici, l?emploi est dix fois moins protégé. Avant de licencier, les entreprises russes privilégient d?autres solutions : réductions ou retards de salaires. Les réductions de salaires sont fréquemment de 30 %. Et personne ne se plaint. J?aimerais voir ce que diraient les français à ce régime-là ou si un homme politique suggérait d?autoriser cette pratique pour sauvegarder les emplois !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Les grandes messes de l?UE n?ont jusqu?ici pas donné grand-chose. Il est toutefois clair que booster l?emploi devrait être prioritaire. Quelques pistes : 1-réduire les charges patronales et salariales sur les salaires. Toute taxe réduit l?utilisation de la chose sur laquelle elle porte, ex : les taxes sur les cigarettes ont réduit leur consommation, voire "délocalisé" leur achat. Le mécanisme en sens inverse devrait porter ses fruits. 2-Simplifier les démarches administratives pour les PME. Car les plombiers et gérants de PME n?ont pas fait l?ENA, et remplir des formulaires ne font pas rentrer l?argent dans la caisse. 3-Autoriser les CDD à répétition. Car oui il vaut mieux avoir un CDD ?précaire? renouvelé pour la 4ème fois que pas de travail. 4- Réduire dès le deuxième trimestre la TVA à 5.5% dans les secteurs à haute utilisation de main d??uvre : restauration, construction, travaux d?appartements, services à la personne.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je suis d'accord avec vous le pouvoir d'achat est un moyen de ne pas basculer dans le chômage de masse; les politiques sociales ont leurs adversaires on le voit, mais comparez les 3 systèmes en Europe: Europe du Nord, Europe anglo-saxonne, Europe rhénane "il n'y a pas photo". Quant à la Russie...

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